Excerpt for Le Cercle du Kaiserhof by Erich von Neff, available in its entirety at Smashwords

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LE CERCLE DU KAISERHOF

Roman

Erich Viktor von Neff

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Erich Viktor von Neff at Smashwords

Copyright (c) 2011 by Erich Viktor von Neff

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Dans ce court roman, l’Hôtel Kaiserhof historique est transformé, d’une façon surréaliste, dans l’espace et le temps, à la fois comme symbole et image distordue de la vérité du svastika.

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Traduit de l’américain par Serge Féray


Le Cercle du Kaiserhof


Allemagne de l’Est

1961


Prologue

Elle était entourée par le cercle… entourée d’êtres sans visage qui déterminaient son existence.



Table des matières

1. Nous voici à l’Est

2. Waldteufel Stadt

3. L’Interrogatoire

4. Der Pissort

5. Murs Calcinés

6. Der Kaiserhof

7. Tuberculose

8. Sans Visage

9. La Roue

10. Les Seins Hauts

11. Bière Eventée

12. Jambe de Néon

13. Le Cafard

14. Des Yeux Marron (en Août)

15. Introduction

16. Occupe-toi d’Otto Ce Soir



À propos de l’auteur

Je m’appelle Erich von Neff , je suis docker sur les quais de San Francisco. J’ai reçu mon diplôme de maîtrise de philosophie à l’Université de l’État de San Francisco et j’ai fait des recherches de troisième cycle à l’Université de Dundee, en Écosse. J’ai publié en France 1005 poèmes, 148 nouvelles, 4 romans (à faible tirage) et obtenu vingt prix. Mon roman Prostituées au bord de la route a été publié par les éditions Cahiers de Nuit avec une subvention du Centre Régional de Basse-Normandie. Je suis membre de la Société des Poètes français et de la Société des Poètes et Artistes de France. En 1998, j’ai reçu le prix Victor Hugo pour mon roman Une Lancia rouge dévale Lombard Street à tombeau ouvert. Marie-Andrée Balbastre a consacré à mon recueil de poèmes Les putains cocaïnomanes une émission de radio, diffusée par la station parisienne 96.2 FM en 1998. Quelques poèmes extraits des Putains cocaïnomanes ont été lus au Café Montmartre en 2010.


Nous Voici à l’Est


Wir sind jetzt im Osten (Nous voici à l’Est), souffla l’homme assis en face de moi, dans un murmure qui eût été plus approprié pour des choses plus sinistres, comme : « Nous voici en Sibérie. » Il ne précisa pas davantage : nous aurions pu nous trouver en Prusse Orientale, sur le Front de l’Est, ou dans l’Orient mystérieux. Je regardai par la fenêtre du train : rien ne semblait avoir changé. La neige d’hiver paraissait tomber à la même vitesse. La forêt que notre train traversait depuis un moment était toujours là, toujours couverte du même manteau de neige. Pourtant, quelque chose avait effectivement changé. Quelque chose dans l’air lui-même, bien que la température n’eût probablement ni monté ni chuté. Mes compagnons de compartiment regardaient par la fenêtre comme pour se rassurer, puis ils se regardaient les uns les autres.

Soudain, la porte du compartiment s’ouvrit. Deux douaniers solidement charpentés, le fusil à l’épaule, entrèrent. Ils avaient des pardessus et des bottes noires et luisantes, qui ressemblaient à des bottes de parade SS. Si l’on exceptait les bottes, leurs uniformes semblaient plus adaptés au Front de l’Est. Il y avait en eux une arrogance, une touche militaires, que l’on considérait comme fasciste à l’ouest. Mais ici, im Osten, la touche, l’arrogance militaire étaient la marque du bon soldat communiste, du bon soldat communiste allemand.

Acthung, achtung, Ausweise, bitte (Attention, attention, vos passeports s’il vous plaît), cria l’un d’eux, aussi abruptement que s’il avait donné un ordre. Sans le ton modulé que les soldats utilisent d’ordinaire, en temps de paix, pour s’adresser aux civils. Je plongeai aussitôt la main dans la poche de mon manteau et lui tendis mon passeport. Les autres passagers firent de même. Il inspecta nos passeports, tandis que son compagnon nous dévisageait l’un après l’autre, comme s’il cherchait quelqu’un.

Alles in Ordnung (Tout est en ordre), dit le douanier. Sans autre commentaire, il nous rendit nos passeports et tourna les talons. Son compagnon nous adressa un regard hautain, méprisant, comme si nous avions été des bovins dans un wagon à bétail, puis il referma la porte d’un coup sec. Un silence de mort régna pendant un moment. Puis, l’homme assis en face de moi dit une fois de plus : Wir sind jetzt im Osten.



Waldteufel Stadt


Je descendis du train à Waldteufel Stadt. J’allais boire, j’allais engloutir de la bonne bière allemande avant de poursuivre mon voyage im Osten.

Je marchai sur le quai de la gare. Pendant la guerre, des troupes avaient attendu ici. Des personnes oubliées avaient attendu ici. La gare avait souffert du passage du temps. Sa peinture était écaillée.

Pour quelque raison inexpliquée, la porte en chêne avait mieux vieilli que le reste du bâtiment. Peut-être quelqu’un avait-il commencé à la restaurer : le bouton, qui en avait été récemment poli, offrait un contraste saisissant avec le reste de la gare, dévastée par les intempéries. La Reconstruction, semblait-il, commençait par les boutons de porte – ce que les gens ouvraient. Le bouton de porte grinça, lorsque je le tournai. Apparemment, son mécanisme infernal serait réparé plus tard.

Je laissai la porte ouverte, et entrai dans un hall en bois ancien. Le bureau poussiéreux du chef de gare n’avait ni cloche, ni sonnette. Les vieilles dalles de pierre de la gare avaient été polies par des pieds innombrables qui avaient fait les cent pas en attendant le train. En attendant de partir.

Ist jemand da ? (Il y a quelqu’un ?) demandai-je. La gare resta silencieuse.

J’allais partir, me diriger vers la ville. Les semelles de mes chaussures raclaient les dalles de pierre. Je marchai sur une ombre. Etait-ce une illusion ?

Un corps énorme me barrait le passage. Une étoile rouge, sur le rabat d’un chapeau d’hiver, était accrochée juste au-dessus de sa masse colossale.

L’insigne d’un commissaire du peuple.



L’Interrogatoire


Le commissaire me regardait dans les yeux. Il les tenait sous son empire, comme s’ils étaient ses prisonniers. Je voulais détourner le regard, mais mes yeux restaient captifs. Je me suis mis à battre des paupières, je me sentais coupable de ne pouvoir les contrôler. Ses yeux étaient mongols, féroces. Son visage marbré, ses lèvres boudeuses, étaient d’une toute autre origine raciale que ses yeux. Comme s’il était dans l’essence même d’un commissaire du peuple d’être un amalgame racial, un croisement créé dans un but précis – et ce but, c’était la torture.

J’essayai de dire quelque chose, mais ma bouche était sèche. Avec une vive attention, méthodiquement, il m’étudiait, à la manière d’un cruel chirurgien de camp de concentration sur le point de tenter une opération expérimentale sans anesthésie. Il s’assit sur la chaise, appuya ses bras énormes sur le dossier, qui me faisait face. J’étais assis en face de lui, et il n’y avait ni table, ni aucun autre meuble pour me protéger de lui.

Nous nous trouvions dans le sombre bureau d’un cheminot, et le vent glacé du soir soufflait à travers les fentes des murs de bois délabrés. Mon corps était plus engourdi que le froid… l’interrogatoire exigeait la torpeur. Il fallait éviter d’imaginer les horreurs indicibles qui pouvaient arriver.

Je battis des paupières, et, enfin, je me mis à penser, ou, plus exactement, un brusque tourbillon de froid me força à penser. Le vent avait retroussé mon pantalon, et l’espace d’un instant, je sentis mes testicules engourdis se rétracter contre mon ventre. Mes yeux restaient ouverts, sans cligner ni tressaillir. Tandis qu’il me regardait dans les yeux, j’eus un moment de franche hilarité en imaginant qu’à travers les fenêtres de mes yeux il pouvait voir mes testicules se ratatiner et mon scrotum se resserrer.


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