
Chroniques de Galadria V – Un Nouveau Départ
By David Gay-Perret
Copyright 2012 David Gay-Perret
SMASHWORDS EDITION
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Table des matières
A tous ceux qui savent encore suivre leur Voie...
« AH ! Je suis épuisé ! Bon sang, on dirait que tu avances encore plus vite qu’avant ! »
Et sans plus de cérémonie, Jérémy s’assit à l’endroit même où il se trouvait. Glaide s’arrêta et éclata de rire tout en faisant demi-tour pour rejoindre son compagnon qui continuait à vociférer :
« Je me souviens parfaitement qu’il fallait se battre pour obtenir une petite pause lorsque nous nous rendions à Shinozuka, mais maintenant il va même falloir te forcer à ralentir le pas !
- Désolé mon ami, répondit Glaide en lui donnant une tape sur l’épaule. J’ai l’habitude de voyager vite et seul. Mais tu as raison : nous ne sommes pas pressés. »
Le jeune homme se tourna alors vers la nouvelle venue :
« Hé Renhaï ! Lança-t-il. Comment as-tu fait pour supporter ces escargots ?
- Tu sais ce qu’ils te disent les escargots ? » S’exclama Gwenn.
Pendant un instant Renhaï sembla hésiter sur la conduite à tenir, comme si elle ne parvenait pas à déterminer si ses compagnons plaisantaient ou non… Puis finalement elle joignit sa voix aux éclats de rire.
Après un moment la petite troupe se calma et Emily prit la parole :
« Nous sommes en fin d’après-midi, je pense que nous devrions chercher un endroit où dormir.
- Exact », approuva Jérémy tout en se relevant au prix d’un effort visiblement surhumain.
Les cinq compagnons ne tardèrent pas à trouver un bois qui, une fois inspecté, se révéla parfaitement adapté à leurs besoins : bien que les arbres fussent proches les uns des autres, barrant parfois le chemin, ils finirent par déboucher dans une petite clairière ombragée au milieu de laquelle ils pourraient sans peine allumer un feu de camp.
Jérémy poussa un grognement de bien-être en s’allongeant dans l’herbe épaisse tandis que les trois filles prenaient le temps de visiter les lieux. Glaide s’assit à son tour non loin de son ami qui avait maintenant fermé les yeux pour profiter pleinement de la caresse des rayons dorés. « Et voilà, songea le jeune homme, cette journée s’achève. Ce matin encore j’étais avec un dragon, et ce soir je suis en compagnie de mes amis. »
Un sourire naquit sur son visage lorsqu’il se remémora l’après-midi qui venait de s’écouler : craignant tout d’abord que les jeunes gens qu’il avait retrouvés n’adoptent un comportement différent à son égard, il avait bien vite été rassuré. Bien sûr, Emily, Gwenn et Jérémy avaient changé, comme il l’avait constaté à leur seule vue : ils faisaient désormais partie de ce monde, ils le connaissaient et avaient eu le temps de l’accepter, à défaut de l’aimer.
Pourtant Glaide avait senti qu’il demeurait toujours cet étrange lien qui les unissait tous les quatre : peut-être était-ce leur passé commun, ces choses qu’ils avaient partagées sur Terre et lors de leur arrivée. Le jeune homme ne parvenait pas vraiment à définir ce sentiment, mais il lui semblait avoir retrouvé sa famille…
Nul n’avait abordé de sujets réellement importants, et à la vérité l’adolescent ignorait toujours ce que ses amis avaient fait durant les mois précédents, comment ils avaient rencontré Renhaï et pourquoi ils se trouvaient à Heidro. Mais peu importait : leurs retrouvailles étaient tout ce qui comptait. Le simple fait d’être ensemble, de partager des souvenirs ou même la seule possibilité de regarder ses amis, remplissaient Glaide de joie.
Quand l’euphorie de l’événement s’était peu à peu calmée, il avait pu petit à petit se remettre à réfléchir avec une certaine logique. Bien qu’il n’ait pas encore discuté de la destination de ce voyage avec ses compagnons, tout portait à croire qu’ils se dirigeaient vers la capitale. Pendant un instant, le jeune homme avait songé demander de l’aide à Ayrokkan : après tout le dragon lui avait assuré qu’il pouvait lui servir de moyen de transport n’importe quand !
Néanmoins le garçon avait bien vite abandonné cette idée : en effet, le voyage durerait certainement une bonne semaine et Glaide comptait bien profiter au maximum de ce délai pour passer du temps avec ses amis. Raccourcir la durée du trajet ne l’intéressait pas, car il savait pertinemment qu’à Shinozuka l’attendaient des responsabilités, des décisions à prendre et un rôle à tenir : celui du Destructeur. L’arrivée à la capitale sonnerait probablement le début de l’affrontement contre Baras, avec tout ce que cela engageait comme préparations, réflexions, et surtout symboles…
Pour le moment il pouvait rester Glaide, un Protecteur qui parcourait tranquillement les Terres Connues en compagnie de sa Magg et de ses amis. « Combien de temps encore pourrai-je aller où bon me semble ? » Se demanda l’adolescent.
Durant les derniers mois il avait acquis une grande connaissance de Galadria, si bien qu’il en venait à se dire qu’il pouvait désormais se débrouiller seul : il n’était plus nécessaire qu’on lui dise quoi faire, qu’on le guide comme lors de son arrivée. Et sa rencontre avec Menrick n’avait certainement pas arrangé les choses…
Pourtant l’histoire n’était pas encore terminée, et il lui fallait poursuivre sa quête. En outre, s’il était honnête avec lui-même, il devait avouer que ce qui l’attendait était excitant… D’ici peu il mènerait tout un peuple au combat ! Pour n’importe quel habitant de Galadria cette constatation aurait été effrayante, mais lui se sentait animé par une profonde curiosité : comment les événements allaient-ils se dérouler ? Obtiendrait-il réellement des pouvoirs ? Pour le moment, bien qu’il possédât le katana de Dzen, rien ne semblait moins sûr…
« Nous verrons bien…, murmura-t-il.
- Mmm… Tu disais quelque chose ? Interrogea Jérémy tout en soulevant une paupière.
- Non, rien. Hé, les revoilà ! »
Leurs trois compagnes avaient en effet terminé leur promenade, et en apercevant Emily Glaide sentit son cœur se gonfler de fierté : il était le Protecteur de cette jeune fille, le gardien d’une Magg. Il se devait d’être à ses côtés et de l’assister dans ce qu’elle entreprenait. Pour la première fois, ce titre qu’on lui avait donné, bien avant celui de Destructeur, sembla recouvrir à ses yeux une importance tout particulière. « Je suis à ma place, songea-t-il, là où je veux être. »
« Nous avons trouvé des traces de pas, annonça Renhaï. A mon avis quelques monstres sont passés par ici il y a peu.
- Qu’ils viennent donc si ça leur chante ! S’exclama Jérémy. Nous saurons les accueillir ! »
Toute la troupe sourit. Il était vrai que, désormais, ils ne craignaient plus grand-chose… Cet événement rappela à Glaide qu’il n’avait encore posé aucune question concernant l’entraînement de ses compagnons : après tout s’ils n’étaient plus à Shinozuka c’était probablement parce qu’ils avaient atteint un niveau bien supérieur à ce que le jeune homme avait connu. Bien que souhaitant attendre que ses amis décident par eux-mêmes de lui raconter leur histoire, il était curieux d’en apprendre plus sur leur formation :
« Et au fait Jérémy, commença-t-il, comment s’est déroulé ton apprentissage de l’école Murockaï ? Et vous les filles : à quoi ressemble votre magie maintenant ? »
Gwenn allait répondre mais son Protecteur la devança :
« Ha ha, surprise ! Avec un petit peu de chance nous serons attaqués durant la nuit, alors tu verras bien !
- Ça marche ! Répondit Glaide.
- A propos de nuit, elle va bientôt tomber : nous devrions peut-être faire un feu ? » Proposa Emily.
Son idée fut immédiatement acceptée.
Alors que tout le monde s’activait pour allumer le brasier, Glaide constata que ses amis n’étaient pas coutumiers du fait : ils ramenaient tous les branchages qu’ils trouvaient sans chercher à déterminer ceux qui brûlaient mieux que les autres et ils n’avaient aucune idée de l’ordre dans lequel empiler le bois. Cette observation lui indiqua qu’ils n’avaient certainement pas beaucoup voyagé, ou alors voyagé par leurs propres moyens, car pour lui une telle tâche était devenue d’une banalité presque affligeante : durant les semaines qu’il avait passées à traverser les Terres Connues, il lui avait chaque soir fallu allumer un feu semblable.
D’ailleurs, les souvenirs qu’il avait des soirées passées devant un brasier étaient innombrables ! Parfois il voyait la tête de son maître éclairée par les flammes : n’était-ce d’ailleurs pas dans ces moments que l’enseignement de Kezthrem avait été le plus profond ? Ou alors c’était le visage souriant de Menrick qui lui faisait face. Il avait même plus d’une fois admiré les reflets que produisaient les flammes sur les écailles rouges sang d’Ayrokkan…
Oui décidément les feux de camp étaient pour lui une habitude, même si chacun d’eux avait été différent. « Aujourd’hui je partagerai cet instant avec mes ami… », songea-t-il avec un sourire.
« A quoi penses-tu qui ait l’air si agréable ? L’interrogea Emily.
- Oh, à rien de spécial…
- Tu parles ! S’écria Gwenn. Il est en train de se dire que l’on peut difficilement être plus mauvais que nous pour allumer un foutu feu de camp !
- Hé, que veux-tu ? Rétorqua le jeune homme en entrant dans le jeu de sa compagne. Je suis en vétéran dans le domaine ! L’expérience ma petite, l’expérience ! »
Toute la bande éclata de rire alors que Glaide terminait d’enflammer l’amas de branchage. Comme ils l’avaient déclaré, ses amis transportaient toutes sortes de provisions. Bien que nul n’ait mentionné de destination, les deux Maggs, Jérémy et Renhaï ne semblaient pas chercher à se rationner, et Glaide décida de les imiter. Tout le monde s’installa confortablement, et l’adolescent enleva sa lourde cape et décrocha la ceinture à laquelle était attaché le katana. Il posa le vêtement sur le sabre de manière à le cacher, conscient qu’en cas de combat il valait mieux que ses adversaires ne sachent pas qu’il possédait un tel trésor. Puis il entama son repas avec avidité.
Une bonne demi-heure plus tard tout le monde était rassasié. Renhaï s’était un peu éloignée et arpentait maintenant la clairière sans but précis, perdue dans ses pensées. Gwenn et Jérémy, quant à eux, s’étaient assis un peu à l’écart et semblaient trouver un immense intérêt dans des petits cailloux qu’ils avaient sortis d’une bourse en cuir… Glaide les regarda faire sans vraiment comprendre de quoi il s’agissait, lorsqu’il sentit sa Magg près de lui. Il s’était installé contre le tronc d’un arbre, et Emily fit de même tout en posant sa tête sur son épaule.
« Ils essaient d’inventer un jeu, déclara-t-elle en désignant leurs amis du menton.
- Un jeu ? S’étonna Glaide. Avec ces cailloux ?
- Ouais… Ils ont trouvé qu’il n’y en avait pas suffisamment sur Galadria, alors ils veulent en créer un.
- Ça ne m’étonne pas… », soupira le jeune homme.
Il était vrai que, tout bien considéré, Galadria était un monde dont la culture paraissait très limitée : Glaide n’avait entendu que peu de musique, il n’avait jamais vu de tableau ou d’œuvre d’art, ni de théâtre, sans même parler de jeux typiques !
« J’espère qu’ils vont y arriver », conclut-il.
Emily approuva d’un léger hochement de tête avant de prendre la parole :
« Cela fait du bien de t’avoir avec nous… Tu nous as manqué, à tous. Même si nous avons su nous débrouiller, nous n’avons cessé d’attendre ton retour.
- A la vérité je n’avais aucune idée du temps qu’il me faudrait… En réalité, je vous ai cherché pendant presque un mois, et j’ai pu vous trouver grâce… disons à un ami. »
La jeune fille l’interrogea du regard mais Glaide n’ajouta rien de plus sur le sujet, en revanche il dit :
« Pour moi aussi, cela fait du bien d’être avec vous. J’ai l’impression d’être à nouveau avec ma…
- Famille ? Compléta Emily. Oui, c’est notre sentiment à tous. Nous ne sommes plus vraiment des amis, mais plutôt des frères et sœurs… »
La jeune fille se leva brusquement. Ce mouvement n’échappa pas à Jérémy et Gwenn qui tournèrent la tête dans sa direction. Tous trois se regardèrent, puis le Protecteur et sa Magg inclinèrent la tête en signe d’assentiment. Ce mouvement rappela immédiatement à Glaide le comportement des parents de Menrick, juste avant qu’ils ne lui proposent leur fille en mariage… Il se demanda cette fois ce qui allait lui arriver, mais il fut surpris de voir sa compagne fouiller dans ses poches pour en tirer un morceau de parchemin.
« Te souviens-tu de ça ? » Demanda-t-elle la voix vibrante d’émotion.
Glaide se leva à son tour et s’approcha.
Alors il la reconnut… Sans doute possible, le parchemin que tenait son amie était bien la lettre qu’il avait écrite, avant de les quitter… Il la regarda longuement à la lumière du feu et des étoiles : il semblait qu’elle avait été manipulée de nombreuses fois, à tel point qu’à certains endroits l’écriture disparaissait presque…
Le jeune homme prit le temps de relire ce qu’il avait lui-même écrit, sept mois plus tôt… Il lui sembla voyager dans le temps, et avec une netteté incroyable il se souvint de cette soirée où, prétextant un besoin pressant, il n’était pas monté se coucher et avait demandé à l’aubergiste de lui fournir de quoi écrire. Alors, à la lueur d’une chandelle, alors qu’à l’extérieur les habitants de Shinozuka fêtaient un obscur évènement, il avait dû dire au revoir à ceux qu’il aimait…
Lorsqu’il eut fini son cœur battait la chamade, et face à lui Emily avaient les yeux brillants de larmes. Elle se tourna face au feu et déclara :
« Chaque mot est gravé en nous, pourtant nous avions juré de la garder jusqu’à ton retour. C’est chose faite… »
Et la jeune fille laissa tomber le parchemin au milieu des flammes qui le consumèrent en un instant. Elle sortit alors un deuxième document que Glaide reconnut comme étant la carte qu’il avait recopiée.
« Nous n’en avons plus besoin, murmura Emily. Désormais nous possédons l’originale, et elle ne nous quittera plus… »
Et elle lâcha le dessin qui voleta tranquillement jusqu’au brasier. Mais avant qu’il ne l’atteigne, la Magg s’était déjà réfugiée dans les bras de son Protecteur qui sentit ses larmes couler sur son épaule. Lui-même garda les yeux rivés sur les flammes parmi lesquelles le parchemin disparut à son tour. Le silence s’installa alors dans la clairière, apaisant. Une page de l’histoire des quatre jeunes gens venait d’être définitivement tournée…
RENHAI s’approcha de ses compagnons. Elle ne sembla pas remarquer leur comportement, mais sa présence incita les quatre amis à bouger : Emily s’éloigna de son Protecteur tandis que les deux autres rangeaient leurs cailloux.
« Il serait peut-être temps de nous coucher, non ? » Proposa Glaide.
Tout le monde acquiesça.
« Qui prend le premier tour de garde ? Demanda Jérémy.
- Inutile, déclara son ami. Parmi les choses que j’ai apprises dernièrement, on m’a enseigné à ne dormir que d’un œil.
- Vraiment… »
Gwenn paraissait septique.
« Glaide a raison, intervint Renhaï. Reposons-nous, je suis moi-même capable de discerner les bruits suspects pendant mon sommeil.
- Pourtant depuis que nous te connaissons nous avons toujours instauré des tours de garde !
- C’est vrai, mais j’avais peur de ne pas être en mesure de vous réveiller suffisamment vite en cas de danger. Si nous sommes deux à le détecter, ce sera plus facile.
- Ok, alors tout le monde au lit ! » S’exclama la Magg.
Au même instant Glaide tendit l’oreille : il lui semblait avoir perçu un bruit étrange… Ses compagnons étaient en train de s’installer dans un joyeux vacarme, si bien qu’il lui était impossible de déterminer l’origine du son. Peut-être n’était-ce qu’un animal nocturne, ou peut-être pas…
« Plus un bruit ! » Lança-t-il.
Ses amis se turent immédiatement. Le jeune homme fit apparaître son épée, néanmoins avant de la dégainer il préféra replacer le katana sur son dos. Alors qu’il se redressait, un branchage craqua à proximité. Les jeunes gens se regardèrent et d’un même mouvement Glaide et Jérémy tirèrent leurs lames du fourreau, cependant ce dernier fit signe à Renhaï de ne pas bouger. Dans un souffle il lui dit :
« C’est l’occasion de voir ce que chacun a appris ! »
La jeune fille indiqua qu’elle avait compris : après tout Jérémy avait déclaré à son ami qu’il lui montrerait ce que lui-même et les deux Maggs savaient faire ! La guerrière s’éloigna de quelques pas mais ne quitta pas un instant ses compagnons des yeux. Comme lorsqu’il l’avait vue pour la première fois, Glaide se demanda si cette jeune fille pouvait réellement être l’excellente combattante que ses amis lui avaient décrite…
Une première flèche siffla, suivie par trois ou quatre autres. Glaide n’eut pas le temps de bouger, mais devant lui se dressa un mur de lumière bleutée qu’il connaissait bien… Malgré la bataille qui débutait, il prit le temps de tourner la tête en direction d’Emily, et celle-ci lui offrit un sourire radieux : il était évident qu’elle avait attendu avec impatience de pouvoir utiliser sa magie dans un moment comme celui-ci… Glaide lui rendit son sourire, puis il adopta calmement la position de garde de l’école Iretane. Sur sa droite, il entendit Jérémy remarquer :
« Tiens, ça me dit quelque chose ça…
- On va voir ce que tu vaux, répondit le jeune homme.
- Cela fait un moment que nous n’avons plus combattu côte à côte n’est-ce pas ? Et les souvenirs de ces combats ne sont pas très glorieux.
- C’est vrai, mais cette époque est révolue. »
Et Glaide s’élança droit devant lui : un premier orque venait d’émerger des feuillages.
Le monstre eut tout juste le temps de voir le guerrier foncer sur lui, avant que sa tête ne roule au sol. Au même moment, d’autres monstres semblables jaillirent de part et d’autre : il semblait que, fait étonnant, les créatures aient pris le temps d’élaborer une stratégie. Simple certes, puisqu’elle consistait tout bonnement à encercler leurs proies, mais efficace.
Les deux Maggs se rapprochèrent de leurs Protecteurs alors que Renhaï s’éloignait encore un peu du champ de bataille. Glaide la voyait néanmoins triturer nerveusement les poignées de ses sabres.
Soudain le jeune homme surprit un nouvel orque qui tombait à ses pieds : il était couvert d’entailles. Reconnaissant là des blessures typiques de l’école Murockaï, il s’apprêta à féliciter son ami, mais quand son regard se posa sur Jérémy il lui fut impossible d’émettre un son : le Protecteur virevoltait au milieu de ses adversaires, tandis que son arme semblait rebondir sur une paroi invisible qui l’envoyait sans cesse en l’air. En vérité, l’adolescent ne tenait son épée que quelques secondes, le temps de porter une ou deux attaques, puis il la projetait au-dessus de lui, d’où l’impression que l’arme rebondissait.
« Incroyable… », murmura Glaide admiratif.
Le guerrier qu’il avait en face de lui n’avait plus rien de commun avec celui qu’il avait connu : bien qu’il ne soit pas un expert, il contrôlait parfaitement son arme et les coups portés étaient précis et sans aucun temps mort.
Dans un mouvement de pur réflexe, Glaide esquiva une attaque trop lente d’un orque devant lui. La lame de celui-ci alla s’enfoncer dans le cœur de l’un de ses semblables qui avait tenté de prendre l’adolescent à revers. Ce dernier n’eut qu’à décapiter le monstre qui lui faisait face sans vraiment se rendre compte de ce qu’il faisait : affronter des orques était désormais un jeu d’enfant, d’autant plus qu’ils n’étaient que sept ou huit. A la vérité, le jeune homme n’avait d’yeux que pour Jérémy dont la technique le laissait sans voix.
Bientôt le premier groupe d’assaillants fut décimé. Cependant il restait encore des orques car une nouvelle vague déferla dans la clairière. Glaide se détourna de son ami pour se focaliser sur ses adversaires, toutefois il entendit bientôt des chocs contre la protection bleutée qu’avait créée sa Magg.
Certain qu’aucun monstre n’avait réussi à le frapper, il chercha l’origine de ces bruits tout en continuant de parer et de contre-attaquer. Dans un coin de sa mémoire il se souvenait que Kezthrem lui avait expliqué que chaque coup porté contre le mur de lumière affaiblissait la Magg qui le dressait. Il constata d’ailleurs qu’à chaque choc Emily tressaillait, et Gwenn semblait dans la même situation.
Une fois qu’il eut éclairci les rangs adverses, Glaide prit le temps de jeter un regard circulaire, et alors il comprit d’où provenaient les attaques : debout à la lisière du bois, des gobelins du nord armés d’arcs étaient en train de vider leur carquois ! L’espace d’un instant Glaide réalisa que sans la protection il aurait déjà été tué par l’une des flèches… Mais cette constatation fut balayée par l’ivresse du combat et il se rua en avant, tandis que dans son dos Jérémy empêchait les orques de se lancer à sa poursuite.
En quelques coups d’épée bien placés le jeune homme se débarrassa des gobelins. Il retourna au centre de la clairière alors qu’une troisième vague d’ennemis arrivait. A nouveau, il ne fallut pas longtemps pour que les orques se retrouvent au sol.
Les jeunes gens arrêtèrent de combattre sans pour autant rengainer ou relâcher leur vigilance. Cependant, après plusieurs minutes il devint évident qu’ils étaient à nouveau seuls. Les Maggs firent disparaître les protections et les Protecteurs leurs épées. Glaide ne se donna d’ailleurs pas la peine de rengainer la sienne : elle s’évanouit en même temps que le fourreau. Sur le coup, il ne remarqua pas la surprise qu’avait soulevée cette action : c’est seulement après avoir parcouru la clairière pour évaluer le nombre d’ennemis qu’ils avaient abattus, environ une vingtaine, qu’il réalisa que ses amis avaient les yeux braqués sur lui.
« Qu’est-ce qu’il vous arrive ? Il y a un problème ?
- Ce que tu as fait avec ton épée il y a un instant, tu peux le refaire ? Demanda Emily abasourdie.
- De quoi parles-tu ? Ça ? »
Glaide fit apparaître sa lame directement dans sa main, en même temps que son fourreau à sa ceinture. Jérémy émit un sifflement admiratif.
« Et il nous fait ça comme si de rien n’était ! Hé, te rends-tu compte de ce que tu es capable de faire ? »
Glaide sourit en se souvenant que ce petit tour de magie avait été un véritable calvaire à apprendre. Il fit à nouveau disparaître sa lame en déclarant :
« Avec tous ces cadavres nous ne pouvons plus dormir ici. Venez, quittons ce bois et allons nous installer dans une plaine un peu plus loin. »
La petite troupe acquiesça. Ils prirent le temps d’éteindre le feu, puis tout en marchant Jérémy dit :
« Je me souviens qu’en peu de temps nous avions réussi à contrôler l’apparition de nos fourreaux. C’était rapidement devenu aussi simple que bouger un bras, mais depuis je n’ai pas fait de réel progrès à ce niveau, tandis que toi tu peux attraper ton arme dans n’importe quelle situation !
- C’est vrai, et c’est vraiment pratique. En fait, au lieu de matérialiser ton épée à la vitesse à laquelle tu bouges un membre, il s’agit de la matérialiser à la vitesse à laquelle tu penses à bouger ce membre. »
Jérémy hocha lentement la tête alors que son ami ajoutait :
« Je suis surpris qu’ils ne t’aient rien enseigné là-dessus à l’école Murockaï : ce serait très utile pour vous.
- C’est vrai, mais n’oublie pas qu’il s’agit d’un style accessible à tous, contrairement à l’Iretane qui n’existe que pour les Protecteurs.
- Mmm… Très juste, concéda Glaide.
- Cela dit il faudra que tu m’apprennes : rien ne m’interdit de mélanger un peu les enseignements ! »
Les cinq amis débouchèrent alors à l’air libre. Alentour s’étendaient d’immenses plaines, si bien qu’ils n’eurent qu’à faire quelques pas pour trouver un endroit où dormir. Sous l’immensité du ciel, Glaide se souvint un court instant de ces jours de voyage durant lesquels il avait décidé d’avancer de nuit, pour admirer les paysages autour de lui.
« Dites, commença Emily, il me semble que les archers ressemblaient aux monstres qui ont abattu le Veilleur, non ?
- Oui, il s’agissait déjà d’archers orques », confirma Gwenn.
Cependant Glaide intervint :
« Pas tout à fait en vérité : nous parlons bien des mêmes monstres, mais j’ai appris qu’il sont en réalité des gobelins du nord. Les orques ne sont pas suffisamment habiles pour manier l’arc. »
L’adolescent se souvenait que c’était son maître lui-même qui lui avait enseigné cela.
Il décida de changer de sujet :
« Hé Jérémy, tu as fait de sacrés progrès ! C’était incroyable la manière dont tu combattais, l’aisance avec laquelle tu envoyais puis récupérais ton épée !
- Qu’est-ce que tu crois ! S’exclama l’intéressé. Je me suis entraîné moi ! Cela dit tu n’étais pas mal non plus : rien à voir avec l’époque d’Uzière… »
Cette rapide mention du passé ramena dans les esprits la ville de Rackk, et Glaide se rappela qu’il lui faudrait révéler à ses amis que Kezthrem était le fils de leur premier maître.
Toutefois Jérémy ne souhaitait visiblement pas voir s’installer la nostalgie, car il enchaîna :
« J’ai immédiatement reconnu ta position de garde, mais elle avait bien meilleur aspect que par le passé ! Plus solide, plus précise… Et puis malgré ton énorme lame tu te battais sans éprouver la moindre gêne ! »
Glaide sourit avant de lancer :
« Quant à vous les filles, ces murs que vous avez fait apparaître presque instantanément m’avaient l’air des plus solides ! »
Les deux Maggs s’étaient déjà allongées, visiblement épuisées. Pourtant elles sourirent avant de répondre :
« Nous non plus n’avons pas perdu de temps. Nous avons cherché beaucoup d’informations sur nos pouvoirs.
- Emily a raison, approuva Gwenn. Bien que tout le monde connaisse les Maggs, presque personne ne sait comment fonctionnent leurs pouvoirs et leur étendue. Nous avons donc appris par nous-mêmes !
- Cela dit je ne suis pas certaine que nous sachions tout… En général nous apprenons de nouveaux sorts dans des situations dangereuses, lorsque l’instinct prend le dessus. Enfin, il ne s’agit pas vraiment de sort : il n’y a pas d’incantation ou de rituel bizarre… »
Emily se tut pour reprendre son souffle. Elle semblait plus fatiguée que Glaide ne l’avait supposé…
« Hé, ça va ? » Demanda-t-il inquiet.
Il s’approcha de la jeune fille qui avait fermé les yeux et respirait doucement. Elle hocha faiblement la tête.
« Je savais que ce serait fatiguant…, murmura-t-elle.
- Désolé… Moi aussi on m’a dit que chaque coup que recevait la protection affaiblissait la magicienne. J’aurais dû faire attention…
- Tu n’y es pour rien : même si tu as formidablement progressé, tu ne peux pas éviter une flèche… »
Glaide baissa la tête. Pendant un court instant, effrayant, il eut l’impression de revenir huit mois en arrière, lorsqu’il mettait en danger la vie de ses amis… Cependant Emily lui caressa la joue en chuchotant :
« J’ai besoin d’entraînement. A partir de maintenant je vais faire de mon mieux, mais pour le moment il faut que je me repose. »
Glaide hocha la tête et laissa sa protégée s’endormir. Il rejoignit le reste de la troupe qui s’était un peu éloigné pour ne pas déranger le sommeil de leur camarade. En arrivant près d’eux, l’adolescent demanda :
« Dis-moi Gwenn, pourquoi n’es-tu pas dans le même état ? Jérémy a-t-il reçu moins de flèches ?
- Pas vraiment non, répondit-elle avec un clin d’œil en direction de son Protecteur. Comme elle te l’a dit, elle a besoin d’entraînement : jusque-là elle n’avait personne à protéger. Les premières fois où j’utilisais ma magie sur Jérémy, cela me faisait le même effet. Avec le temps j’ai appris à mieux résister, et ce sera pareil pour elle. »
Glaide resta un moment silencieux, avant de déclarer :
« A l’avenir j’essayerai de ne pas me faire toucher. Cela dit il est vrai que contre des archers… Bon sang, je n’imagine même pas ce que je serais devenu si nous n’étions pas réunis !
- En effet, mieux vaut ne pas y penser ! Renchérit Jérémy
- Bon, et à propos de cette magie », reprit Glaide.
Gwenn bâilla avant de répondre :
« Durant les derniers mois nous avons fait une découverte majeure quant à la manière d’employer le flux qui circule sur Galadria : si tu te souviens bien, nous avions appris que les magiciennes blanches étaient les seules personnes à même d’utiliser ce flux sans avoir à le transformer. Les sorciers sont obligés de le matérialiser sous forme d’éléments, tels que le feu ou la glace, c’est pour cette raison que leur art nécessite une maitrise élevée de la magie. Pour nous c’est quelque chose d’inné, mais en contrepartie il nous est impossible de créer de la foudre ou des tremblements de terre !
- Oui, je me souviens de tout cela.
- Et bien nous avons découvert que notre magie, ou du moins tout ce que nous savons faire en dehors du soin, n’est ni plus ni moins qu’une manifestation particulière du flux : tout comme un mage créera des boules de feu ou de gigantesques brasiers, nous pouvons modeler l’énergie magique. Lorsque nous invoquons le mur bleuté par exemple, en réalité nous rassemblons cette énergie devant la cible. Plus nous envoyons de magie, plus la protection est solide et son bleu profond et opaque. »
Glaide hocha la tête : il comprenait parfaitement la logique que lui exposait son amie, et cela ouvrait de vastes horizons quant aux possibilités des Maggs…
« Et qu’avez-vous découvert comme utilisations du flux ?
- Nous maîtrisons deux nouveaux "sorts" : tout d’abord une protection semblable à celle que tu connais, à la différence qu’elle est de couleur pourpre et protège de la magie… »
Glaide émit un sifflement admiratif.
« Vous avez rencontré des sorciers adverses ?
- Une ou deux fois, oui, confirma Jérémy. Rien de bien méchant, je te rassure, mais c’était impressionnant : voir une énorme boule de feu sortie de nulle part foncer sur toi est toujours un peu déroutant… »
Glaide se retint d’éclater de rire en imaginant la scène, mais il ne voulait pas déranger sa Magg. Gwenn poursuivit :
« Quant au deuxième pouvoir, il s’agit de télékinésie. En fait nous ne faisons pas vraiment bouger ce qui nous entoure par la force de notre esprit, mais nous envoyons sur nos adversaires des vagues de pouvoirs qui les propulsent en l’air ou les repoussent. »
Glaide ne commenta pas cette déclaration mais les souvenirs de Tyv et Paeh, le Protecteur et la Magg qu’il avait rencontrés peu de temps après avoir quitté ses amis, refirent surface : c’était en leur compagnie qu’il avait assisté à de la télékinésie, ainsi qu’à l’utilisation de la Lame de Lumière… Il regarda un moment les gants qu’il portait, cadeau des jeunes gens, et se rappela qu’il souhaitait les revoir…
Lorsqu’il sortit de sa méditation, le jeune homme réalisa que tous ses compagnons s’étaient allongés, et seul Jérémy ne dormait pas encore, le regard perdu dans le ciel. Il s’installa à ses côtés et murmura :
« Dis-moi : crois-tu que les orques qui nous ont attaqués étaient à ma recherche ?
- Tu penses toujours à ça, hein ? Répondit doucement Jérémy.
- Je ne peux pas faire autrement… C’est l’une des raisons qui m’a poussé à vous quitter, et durant les mois que j’ai passés loin de vous j’ai eu plus d’une fois confirmation que Baras me cherche encore, plus que jamais même…
- Plus que jamais ? »
Glaide désigna du doigt le katana qu’il avait posé à côté de lui.
« Moi et cette arme.
- Mmm…, tu ne nous as rien dit à son sujet.
- Je sais, mais pour le moment savourons simplement nos retrouvailles. Vous me raconterez votre histoire et je vous narrerai la mienne plus tard. Sache simplement que ce sabre, entre mes mains, est certainement notre plus grand atout pour vaincre notre ennemi.
- Et bien, tu n’as pas chaumé… », observa Jérémy avec un sourire.
Glaide le lui rendit avant de poursuivre :
« Baras ignorait où j’étais jusqu’à ce que je vous rencontre, mais est-il possible qu’il vous ait fait suivre ? Auquel cas je me serais jeté dans la gueule du loup…
- Des regrets ? »
Cependant Glaide n’eut pas le temps de répondre car son ami poursuivit :
« Ne t’inquiète pas : nous ne sommes pas suivis. Ce groupe d’orques était un pur hasard, et souviens-toi que Renhaï avait trouvé des traces : elle nous avait prévenus que nous risquions d’être attaqués.
- C’est vrai… Mais comment peux-tu être aussi certain que vous n’êtes pas suivis ? »
Le jeune homme soupira avant de répondre :
« Lorsque tu nous as quittés, malgré ta lettre, nous avons voulu te suivre. Cependant notre tentative précipitée de départ a alerté le roi, et il a demandé à nous parler. Bien entendu, la nouvelle de ta disparition l’a alarmé, mais au moins était-il encore capable de réfléchir logiquement, contrairement à nous…
- Que vous a-t-il dit ? Questionna Glaide.
- Que ton choix semblait étrange, mais que désormais nous devions faire de notre mieux pour te protéger. Ainsi, au lieu de te courir après au risque de ne jamais te trouver, ou pire de révéler ta position à Baras, nous n’avons pas bougé. Durant un mois, nous avons fait tout notre possible pour dissimuler ton départ, et cela a fonctionné : Baras a cessé de lancer ses troupes à l’assaut de la capitale plus d’une trentaine de jours après que tu sois parti !
- C’est pour cela que j’ai croisé peu d’adversaires sur ma route… »
Glaide mesura alors combien ses amis et Rozak lui-même l’avaient aidé : malgré la distance ils avaient fait tout leur possible pour lui simplifier la tâche… Mais Jérémy n’avait pas terminé son récit :
« Nous avons quitté Shinozuka après plusieurs mois, le temps que les choses se tassent. Au début nous avons tenté de savoir si Baras nous faisait suivre, et il s’est avéré qu’effectivement nous n’étions jamais vraiment seuls… Il pensait certainement que tu chercherais à nous rejoindre : nous étions comme des appâts.
- Cela démontre que vous ne l’intéressez vraiment pas… Mais cette volonté de me tuer à tout prix lui fait commettre des erreurs : il aurait mieux fait de s’occuper un peu de vous avant de s’en prendre à moi !
- Nous pouvons bénir cette négligence… »
Glaide acquiesça avant de demander :
« Au fait, pourquoi a-t-il arrêté de vous faire suivre ?
- Nous n’avons pas vraiment compris : du jour au lendemain nous étions à nouveau seuls… En vérité, pour te couvrir nous avons toujours fait attention à ne demander aucune information à ton sujet : nous ne devions faire montre d’aucun intérêt pour toi, comme s’il paraissait inconcevable que tu nous rejoignes, ce que nous espérions pourtant. Crois-moi : plus d’une fois nous avons dû nous faire violence pour ne pas parler trop longuement de toi, de l’endroit où tu pouvais être et de ce que tu faisais.
- Merci… », murmura simplement Glaide.
Ses amis avaient toujours cherché à lui apporter leur aide : il n’était pas seul à porter son fardeau. Malgré les difficultés, ils avaient voulu partager un peu de sa peine lorsqu’il était parti, et de sa solitude… Jérémy conclut en disant :
« Pourtant, en plus des mesures que nous nous étions imposées, je suis quasiment certain qu’il s’est passé quelque chose pour que Baras abandonne notre filature.
- A quand cela remonte-il ?
- Environ deux mois, courant février. »
Après un rapide calcul mental, Glaide estima qu’il s’agissait plus ou moins de la période qu’il avait passée au temple, et à ce moment il avait appris que Baras comptait attaquer l’endroit. Au début il avait pensé que le but de son adversaire était de s’emparer du katana, mais à la lumière des révélations des parents de Menrick, il avait compris qu’en réalité le dieu savait déjà probablement à l’époque que l’arme était en sécurité. C’était d’ailleurs pour cette raison qu’il avait enlevé la jeune fille… Son assaut avait donc pour unique objectif de vérifier si le Destructeur était bien présent.
Glaide se souvenait avoir échappé de justesse à son ennemi grâce à Kezthrem, qui avait eu l’idée de cacher son disciple au milieu d’une troupe d’hommes en armes censés faire une ronde. La ruse avait permis de s’éloigner sensiblement du temple, néanmoins il y avait eu une rude bataille contre des noruks…
Le jeune homme se força à sortir de sa rêverie : il était certain de ne pas être suivi, voilà ce qui comptait. Avec l’aide d’Ayrokkan il avait échappé à Baras, et désormais il lui suffisait de rester discret jusqu’à ce que ses amis et lui-même atteignent la capitale : à ce moment il annoncerait à tous qu’il était le Destructeur, et le katana de Dzen en sa possession en serait le témoignage.
Soudain Jérémy murmura :
« Dis, n’as-tu pas trouvé insolite cet hiver chaud et ensoleillé ? »
Glaide se retint d’éclater de rire et répondit :
« C’est vrai que fêter noël avec un temps pareil n’était pas commun !
- As-tu remarqué que, sur Galadria, ce jour est consacré à la célébration de la victoire de Novak ?
- En effet, étrange non ? »
Jérémy acquiesça lentement, puis un sourire se dessina sur son visage quand il déclara :
« Mais après tout nous avons voyagé entre les mondes : nous sommes sur Galadria… Alors qu’est-ce qui n’est pas étrange ? »
Quelques minutes plus tard les deux amis dormaient paisiblement.
CELA faisait maintenant un petit moment que plus personne ne parlait. Il fallait dire que la matinée était déjà bien avancée et tout le monde s’était levé tôt : après un petit-déjeuner copieux ils avaient décidé d’un commun accord de se mettre en route sans tarder. La fatigue se faisait donc sentir, et bien que les discussions qui animaient le voyage soient des plus intéressantes, reprendre un peu son souffle ne pouvait faire de mal à personne !
Glaide s’était plongé dans ses pensées, et il revoyait notamment sa discussion de la veille en compagnie de Jérémy, lorsqu’ils avaient brièvement mentionné le katana : il avait déclaré qu’il prendrait le temps de raconter son histoire plus tard, car pour le moment il souhaitait plus que tout profiter de l’instant présent. « Nous avons tout juste mentionné le passé, et nous ne savons même pas où nous allons… », songea-t-il. Pourtant cela ne le gênait pas : il était heureux dans le présent, et parler de l’avenir ou du passé ne lui disait rien.
Naturellement, il était curieux de savoir ce qu’avaient fait ses amis en son absence, surtout depuis qu’il avait découvert tout ce qu’ils avaient appris ! Mais il savait aussi que cela mènerait immanquablement à parler du Destructeur, de Baras, et de nombreuses autres choses qu’il souhaitait oublier pour le moment. Il en allait de même pour leur destination : aussitôt qu’ils auraient décidé où aller, cela impliquerait des délais, des obligations, et toutes sortes de contraintes. Glaide voulait encore profiter de l’insouciance et de la liberté dont il jouissait en ce moment, et il en allait certainement de même pour ses amis…
Le jeune homme réalisa alors qu’il ne savait toujours rien de Renhaï… Elle se révélait être une personne amicale mais discrète, et il se rendit compte qu’il ne lui avait presque pas adressé la parole depuis leur rencontre ! La joie que les quatre amis éprouvaient à être réunis et les souvenirs qu’ils partageaient leurs avaient fait oublier qu’ils n’étaient désormais plus seuls ! Se sentant coupable de cette négligence, Glaide décida de rectifier le tir dès la prochaine pause qui se révéla, par un heureux hasard, tomber à l’heure du repas !
Tandis que tout le monde s’asseyait à même le sol et commençait à déballer ses provisions, l’adolescent prit la parole :
« Hé Renhaï, j’ai vu que tu portais deux sabres courts, mais je me demandais comment tu les utilisais ? Quel est le nom du style que tu pratiques ? »
A la vérité Glaide savait que ce genre d’armes était très difficile à trouver, et de ce qu’il avait entendu il n’existait plus aucun maître pour en enseigner le maniement. Il était curieux d’entendre la réponse de la jeune fille, mais ce qu’elle lui dit le prit totalement au dépourvu :
« Ces deux wakizashis font partie de l’héritage de ma famille : ils sont transmis de générations en générations. Ce sont des lames de l’Ancien Temps que l’on ne forge plus actuellement. Cependant, cela fait plusieurs dizaines d’années qu’ils ne sont plus utilisés, et ce d’une part parce que mes parents et mes ancêtres proches ne sont pas des guerriers, et d’autre part parce que les techniques qui leurs sont associées ont été perdues.
« En ce qui me concerne, ils m’ont toujours fascinée, et depuis plusieurs années je me suis entraînée à les soulever et à les manier d’une manière efficace. En fait, pour répondre à ta question, je ne suis l’élève d’aucune école, mais je veux créer la mienne… Si je fais ce voyage, c’est en partie pour tester ce que j’ai inventé et ainsi modifier mes techniques jusqu’à obtenir un style reconnu : le premier pour wakizashis depuis ce qu’avait créé Novak. »
Glaide hocha lentement la tête.
« Alors tu veux être la créatrice d’une nouvelle école… C’est très impressionnant !
- Elle nous a déjà fait une ou deux démonstrations et personnellement je trouve ses techniques très au point ! S’exclama Gwenn. En tout cas ce serait probablement l’avis de ses ennemis, s’ils étaient encore de ce monde… »
Tout le monde éclata de rire et Glaide félicita Renhaï et lui assura de son soutien dans son entreprise. C’était une tâche ardue, mais si la jeune fille parvenait à atteindre son but elle deviendrait le premier maître depuis plusieurs centaines d’années capable d’enseigner le maniement des wakizashis… Bien sûr, Glaide avait conscience que s’il échouait à vaincre Baras les rêves de sa compagne ne se réaliseraient jamais : en effet, pour avoir des élèves encore fallait-il qu’il y ait des armes ! Et seules les elfes et les nains étaient capables de forger ce type de sabre…
Le groupe discuta encore un moment des différentes écoles qui enseignaient le combat : ayant passé un certain temps dans la capitale, Emily, Jérémy et Gwenn avaient découvert que l’on pouvait y apprendre à manier à peu près tout ce qui était tranchant, pointu ou contendant ! Il existait des maîtres qui savaient utiliser la hache, la lance, le couteau, l’arc, la masse et une foule d’autres objets ! En outre, certaines villes des Terres Connues étaient réputées pour la qualité de l’enseignement dispensé pour telle ou telle arme.
Après le repas, Glaide manifesta l’envie de faire une petite sieste, et il s’installa confortablement au milieu de l’herbe épaisse qui bordait le chemin. Son regard suivit un moment les déplacements du nuage solitaire dans le ciel, puis il s’assoupit. Un petit quart d’heure plus tard on le réveilla et les cinq compagnons reprirent la route dans la bonne humeur.
L’après-midi se déroula sans incident. Glaide étant le seul à ne jamais avoir vu Renhaï se battre, et il lui posa foule de questions sur la manière dont elle employait ses deux sabres. Il apprit ainsi qu’elle les portait dans son dos par souci de praticité, mais qu’il lui était tout à fait possible de les dégainer, ce qu’il ne pouvait faire avec son katana à cause de sa longueur. Elle tenta également d’expliquer à son compagnon en quoi consistait la technique qu’elle avait mise au point, mais sans démonstration le jeune homme était un peu perdu…
Il semblait qu’elle ait créé son maniement dans l’optique d’un affrontement contre plusieurs adversaires. En effet, bien qu’elle soit capable de se battre en duel, la courte portée offerte par ses lames l’obligeait à se rapprocher énormément de son adversaire pour frapper. Cela dit cette difficulté était en partie compensée par le fait qu’elle possédait deux armes au lieu d’une, ce qui l’autorisait pas exemple à parer et contre-attaquer en même temps.
Dans son idée, Renhaï comptait tout d’abord enseigner à ses futurs disciples comment se battre contre des orques et des gobelins qui, à eux seuls, représentaient les trois quarts des ennemis que l’on pouvait trouver sur sa route. Pour vaincre de tels adversaires, il suffisait en général d’un minimum de puissance dans ses attaques et d’un peu de rapidité. Après tout, Glaide et Jérémy étaient parvenus à en tuer plusieurs alors qu’ils venaient tout juste de poser leur main sur la poignée d’une épée !
Ensuite, pour les plus doués, Renhaï pensait leur apprendre des techniques plus particulières qu’elle mettait actuellement au point et dont le but était d’être efficace contre un type d’ennemi dans une situation donnée. En entendant cela, Glaide réalisa que son maître ne lui avait jamais enseigné quoi que ce fût approchant : il n’avait fait que lui montrer les mouvements d’attaque et de défense de base, et lui expliquer comment les utiliser au mieux…
Finalement, lorsque la troupe fit halte pour la nuit, le jeune homme avait revu son jugement quant à la guerrière qui l’accompagnait : malgré son aspect doux et calme elle était très douée. Il n’avait toujours pas assisté à une démonstration, mais les connaissances de la jeune fille concernant l’art du combat étaient telles qu’il ne pouvait s’empêcher de ressentir une pointe d’admiration !
Lorsque le repas s’acheva, n’y tenant plus, il demanda à Renhaï si elle accepterait le lui montrer brièvement comment elle se battait. Il proposa de servir d’adversaire et désigna Jérémy comme volontaire. La jeune fille accepta, visiblement amusée. Cependant elle préféra utiliser des bâtons plutôt que de vraies lames.
Tandis que les trois combattants prenaient place, Emily et Gwenn s’installèrent confortablement à proximité du feu, impatientes d’assister au spectacle !
« Préfères-tu que nous attaquions ensemble ou l’un après l’autre ? Demanda Glaide.
- Peu importe. Disons que c’est un combat réel. »
Les deux garçons acquiescèrent et se mirent lentement en mouvement. Ils tenaient chacun un bâton d’environs un mètre, tandis que Renhaï en maniait deux de plus ou moins cinquante centimètres.
Ce fut Jérémy qui attaque le premier : d’un bond il couvrit la distance qui le séparait de la guerrière et tenta de la décapiter par la droite. Celle-ci baissa la tête et esquiva le coup alors que sa contre-attaque atteignait directement le jeune homme au niveau des côtes. Dans le même temps, Glaide tenta de couper le bras gauche de son opposante, mais elle para en plaçant son bâton sur son épaule, puis d’un mouvement du bassin elle envoya son bras droit, qui avait virtuellement coupé Jérémy en deux, directement vers son deuxième assaillant et fit mouche.
Les trois compagnons s’éloignèrent : en quelques secondes le combat s’était terminé.
« Très impressionnant…, murmura Glaide.
- J’essaye de tirer parti de mes deux armes au maximum : mon style repose sur une appréciation constante et globale de la situation, de sorte que je puisse savoir quand parer ou esquiver, et dans quelle direction attaquer. J’essaye également d’être très mobile avec mes armes, un peu comme le style Murockaï : il m’arrive de les changer de mains, ou de les tenir à l’envers, la lame tournée vers le bas. Si vous voulez bien me servir une fois encore de partenaires, je vais vous montrer !
- Avec plaisir ! » Répondirent en chœur les deux garçons.
Ils se remirent en garde, mais cette fois Renhaï donna des instructions précises sur les attaques qu’ils devaient porter. Ainsi, Jérémy tenta de transpercer la combattante par une attaque directe. La jeune fille dévia la lame grâce à son bras droit et coinça son deuxième bâton sous l’aisselle de son compagnon, simulant ainsi la lame immobile plantée dans la chair. Jérémy devait garder cette posture comme un monstre qui, bien que tué sur le coup, mettait plusieurs secondes avant de s’effondrer.
Renhaï déclara tirer parti de ce court laps de temps, et pour illustrer son propos elle lâcha le bâton que tenait Jérémy et tenta de décapiter Glaide qui arrivait derrière elle. Le garçon esquiva l’attaque, cependant à sa grande surprise la jeune fille passa son arme de la main droite à la gauche et exécuta la même attaque dans l’autre sens.
Cette fois le jeune homme était plus proche, et il lui fallut parer en plaçant son propre bâton à la verticale. Mais Renhaï, en même temps qu’elle changeait son arme de main, avait récupéré son deuxième morceau de bois toujours planté dans le "cadavre" de Jérémy, et elle toucha sans peine Glaide, trop occupé à parer la première attaque et donc incapable de se protéger.
A nouveau il recula, éberlué, tandis que ses trois amis éclataient de rire.
« C’est… incroyable ! S’exclama le jeune homme.
- Crois-moi : en vrai c’est encore mieux ! » Lança Jérémy.
Glaide se tourna vers Renhaï et dit :
« Ta technique est vraiment au point ! Tu utilises tes deux armes de manière optimale et tu joues sur la vitesse que te confèrent leur légèreté et leur courte taille !
- C’est juste, mais tu comprends aussi pourquoi les duels sont plus difficiles à mener… »
Il était vrai que la jeune fille avait inventé des mouvements qui, s’ils étaient bien exécutés, se révélaient mortellement efficaces en mêlée, mais contre un seul adversaire il ne s’agissait plus de lâcher ses sabres pour les récupérer un moment après et de tournoyer dans tous les sens : il fallait être beaucoup plus précis.
La démonstration s’arrêta là, bien que Glaide eût été prêt à proposer un combat d’entraînement à la jeune fille. Mais tout le monde était fatigué, et il lui fallait bien admettre qu’il avait lui aussi mal aux jambes !
Une fois que les cinq compagnons se furent emmitouflés dans leurs capes respectives, Glaide fixa un moment Renhaï, qui semblait déjà s’être endormie. Ses amis lui avaient affirmé qu’elle était très douée, et le peu qu’il avait vu confirmait leurs dires. Cependant il se demandait s’il serait capable de l’affronter… La surpasser ne l’intéressait pas, mais il était curieux de connaître son niveau de maîtrise. « Elle souhaite créer une école, songea-t-il, ce qui signifie qu’elle sait correctement utiliser ses deux sabres. Toutefois chaque technique s’améliore au fil des générations, chacun apportant de petites modifications pour rendre le style plus puissant. Elle est la première à manier deux wakizashis depuis des centaines d’années, et par conséquent on ne peut pas évaluer son niveau de combattante de manière conventionnelle : là où Kezthrem m’enseignait des techniques précises à l’efficacité certaine, elle doit créer les siennes… Je pense que ses faiblesses potentielles viennent plutôt de la manière dont elle utilise ses lames que de sa force, de sa rapidité ou de sa précision… »
Le jeune homme se dit qu’il était chanceux de voyager en compagnie d’une telle personne, et son désir de la connaître mieux s’accrut. Ils étaient désormais cinq, et il était fort probable que la nouvelle venue les accompagne jusqu’au terme de leur voyage… Ou en tout cas était-ce ce que Glaide espérait : retrouver ses amis le comblait de joie, mais si leur groupe pouvait s’agrandir encore il en serait ravi !
L’espace d’un instant il se souvint de Selma, Thane et les autres Protecteurs qu’il avait croisés en compagnie de son maître un peu avant leur arrivée au temple : à l’époque il avait compris que ces jeunes gens étaient rassemblés plus par devoir ou par vengeance, que par sympathie… Il s’était alors juré que le groupe qu’il constituerait lui-même, si cela arrivait, reposerait sur des bases de confiance et d’estime mutuelle, mais aussi et surtout sur une profonde amitié…
C’est alors qu’une question lui traversa l’esprit : Renhaï était-elle ici parce qu’il était le Destructeur ? Les gens qui l’accompagneraient le feraient-ils pour son statut ? Il savait pertinemment que les Hommes, et les autres peuples s’ils se montraient, suivraient le Destructeur, et c’était de toute façon en tant que tel qu’il comptait de montrer à eux. Pourtant, tout comme ses amis l’avaient fait et le feraient toujours, il souhaitait ardemment que ceux qui se joindraient au groupe à l’avenir croient en Glaide…
EN se réveillant, Glaide réalisa qu’il avait encore en tête toutes ses interrogations de la veille !
A la manière des jours passés, la petite troupe reprit tranquillement la route, sans se presser. Le jeune homme passa la matinée à méditer sur ses propres questions tout en discutant avec ses compagnons. Il essayait au maximum de considérer le groupe comme un tout, et non plus comme quatre individus accompagnés d’un cinquième… Et à la vérité ce n’était pas très difficile car Jérémy, Gwenn et Emily avaient déjà passé un certain temps en compagnie de Renhaï, si bien qu’elle était pour eux une véritable amie.
En outre, deux jours s’étaient écoulés depuis les retrouvailles et Glaide commençait à reprendre pied avec la réalité, si bien que ses interrogations de la veille et les souvenirs qu’elles avaient amenés éveillèrent en lui l’envie de savoir ce que ses compagnons avaient vécu en son absence. Jusque-là il avait simplement voulu profiter de leur présence, mais désormais, comme s’il était certain que les retrouvailles étaient bien définitives, il se mettait à nouveau à penser au passé et à l’avenir.
Durant l’après-midi la petite troupe croisa quelques voyageurs, les premiers depuis leur départ de Heidro, et c’est seulement en les rencontrant que les cinq compagnons réalisèrent qu’ils se trouvaient actuellement sur une véritable voie de circulation, comme il en existait peu sur les Terres Connues : bien que disjoints, il y avait des pavés et le chemin contournait les obstacles naturels.
« Qu’est-ce que c’est que cette route au milieu de nulle part ? S’étonna Glaide.
- Elle relie Heidro à Elmash, lui répondit Renhaï. Enfin, elle reliait… Elle faisait partie de la grande route entre Adrish et la capitale, et il en existait une semblable qui joignait Vlatendirt à Shinozuka. »
Emily demanda à son Protecteur qu’il lui montre la carte, ce qu’il fit tout en disant :
« Pourquoi "reliait" ? Ces voies n’existent plus ?
- A cause des agissements de Baras les voyages sont devenus de plus en plus difficiles, et les routes ont peu à peu été abandonnées, expliqua la guerrière. Cependant il en subsiste des traces, notamment à proximité des cités. La fraction de chemin que nous empruntons actuellement est la mieux conservée, et je pense que si nous la suivons elle devrait nous mener jusqu’à Elmash sans problème.
- Y’a-t-il une chance, selon toi, pour que nous trouvions des gîtes ? Questionna Jérémy.
- Puisque nous sommes encore proches de Heidro, peut-être. Cependant d’ici un ou deux jours il ne faudra plus compter dessus : la route en elle-même sera peut-être encore visible et praticable, mais plus personne ne vivra à proximité. »
Glaide réalisa alors que, puisque cette voie reliait Heidro à Elmash, ses amis et lui auraient très bien pu l’emprunter dès leur sortie de la ville… Cette constatation le conforta dans son idée qu’il avait bel et bien passé les deux derniers jours sur un petit nuage : il était en effet fort probable que la petite troupe, ravie d’être à nouveau réunie, n’avait même pas fait attention à la direction qu’elle prenait ! Si bien que les jeunes gens s’étaient éloignés de cette route sans même s’en rendre compte ! Gwenn sembla lire dans ses pensées car elle s’exclama :
« Et dire que nous nous sommes cassés la tête à traverser plaines et forêts et à dormir à même le sol, alors qu’une voie toute tracée, jalonnée d’auberges douillettes, nous tendait les bras… »
Tout le monde éclata de rire, conscient de leur propre insouciance. Les conséquences n’en seraient que quelques maux de dos et courbatures diverses !
Finalement, comme Renhaï l’avait prévu, ils finirent par découvrir un gîte au bord du chemin. Le soleil déclinant à l’horizon, ils décidèrent d’un commun accord de passer la nuit en ce lieu.
C’était un endroit simple et de taille modeste. Cela dit la salle principale était bondée et bruyante : il y avait là des voyageurs de tous horizons qui profitaient du confort offert par l’auberge. Des aventuriers racontaient leurs péripéties à qui voulait l’entendre, des marchands tentaient de vendre leurs marchandises et quelques hommes lourdement armés, que Glaide supposa être des mercenaires, proposaient leurs services à droite et à gauche.
Cette soudaine bouffée de vie amena un sourire sur le visage de chacun des jeunes gens, néanmoins les deux Maggs murmurèrent à l’adresse de leurs compagnons :
« Il ne semble y avoir aucune magicienne blanche ici et nous ferions mieux de rester discrets sur notre statut : il est inutile que ces gens viennent nous harceler pendant toute la soirée pour nous remercier d’on ne sait quoi, ou nous demander quelque chose. »
Tout le monde acquiesça et les deux garçons, dont les lames étaient actuellement invisibles, décidèrent de ne pas les faire apparaître. Glaide n’en avait de toute façon pas besoin puisqu’il possédait le katana, visible par tous. Quant à Jérémy il devrait se passer de son aspect de guerrier, qui lui allait pourtant si bien comme le fit remarquer Gwenn avec un clin d’œil malicieux !