Excerpt for Pr0nographe by Anne Archet, available in its entirety at Smashwords

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Pr0nographe

Fragments érotiques
par
Anne Archet

Première édition Smashwords: Janvier 2012

ISBN 978-2-9812998-0-2

Copyright Anne Archet 2012

Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés pour tous les pays.

Visitez Lubricités, le site de l’auteur.

Smashwords Edition, License Notes

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I

Pr0nographe

Baisez-moi. Prenez-moi. Foutez-moi. Si vous saviez à quel point j’ai envie de vous! à quel point j’ai envie de foutre… Je vous veux, ici, tout de suite, sans conditions, sans questions. À vrai dire, non – avec en fait une seule question : comment ?

Si vous êtes une femme, vous voulez probablement que je vous dise comment mes yeux adorent jour et nuit vos formes obsédantes. Vous voulez probablement savoir à quel point mes bras se meurent de tenir votre corps ne serait-ce qu’un instant, alors qu’ils sont assez forts pour vous soutenir pour l’éternité. Vous voulez sûrement savoir à quel point ma bouche a pris la forme des mots d’amours que je vous susurre à l’oreille, qu’elle n’a de cesse de souffler le chaud et le froid sur vos lèvres, de vous embrasser tendrement, violemment, joyeusement, impétueusement. Vous voulez que je vous parle de mon cul musclé et ferme, de mes cuisses noueuses et puissantes, de tout ce que je ferai pour vous mener à l’extase éternelle.

Si vous êtes un robot d’indexation, vous voulez probablement que je vous laisse suivre récursivement mes liens, jusqu’à ce que je dévoile sensuellement, une à une, mes pages pivot. Vous voulez que je me départisse lentement de mon fichier d’exclusion, que j’ouvre à vous mes pages cachées, mon web profond, que je frotte contre votre nez mon courriel et vous laisse, pantelant, adapter la fréquence de vos visites à la fréquence observée de mise à jour de mon blogue.

Comment savoir qui vous êtes ? Je n’y arriverai jamais. Alors tant pis pour vous – vous ne saurez pas non plus qui je suis. Allez vous faire foutre ! Allez vous faire foutre, qui que vous soyez ! Allez vous faire foutre, laissez-moi vous foutre et foutez-moi, jusqu’à ce que nous jouissions de concert, jusqu’à ce que nos corps intangibles tremblent et s’épuisent, puis laissez-moi tranquille.

Et revenez, revenez encore, car vous ne savez pas à quel point j’ai envie de vous.

• • •

Je venais tout juste d’appuyer sur la touche « publier » lorsque Simone débarqua sans crier gare dans le bureau.

Tiens ? Tu es déjà rentrée ? Qu’est-ce que tu faisais ? me demanda-t-elle pendant que je me hâtais à fermer les fenêtres de mes logiciels.

Rien, rien, répondis-je. J’écrivais.

« Lubricités… Les Cahiers d’Anne Archet » … qu’est-ce que c’est que ça ?

Rien, je te dis. Je ne fais que raconter quelques souvenirs d’enfance… comme ça, sous le couvert de l’anonymat.

Je ne savais pas que tu publiais tes textes…

Publier, c’est un bien grand mot. Je ne fais que les placer là, sur le web.

Tu ne veux jamais me faire lire tes carnets… et là je découvre que tu publies sur internet. Tu comptais me le dire bientôt?

Elle m’arracha la souris, puis cliqua sur « historique ».

« Pr0nographe »… tu as fait une faute, là non?

C’est du leet, le jargon des hackers. Laisse tomber, ce n’est rien d’important.

Dans ce cas, tu ne vois pas d’inconvénient à ce que je lise, n’est-ce pas ?

Si, j’en voyais. J’en voyais même des tas. Mais je jugeai qu’il valait mieux ne rien dire, serrer les dents et la laisser faire.

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Aube

Quand j’étais petite, ma mère m’inscrivit à un cours de natation. Je devais avoir cinq ou six ans. Peut-être six, puisqu’il me semble que j’étais en première année. La piscine était immense, froide et sentait l’eau de Javel. Je n’avais aucune envie d’apprendre à nager et je détestais mon maillot vert. Mais le moniteur était rigolo ; il était chauve, poilu et ventripotent et aimait sauter du tremplin pour arroser tout le monde, surtout ses assistants qui se mettaient immanquablement à râler. Moi, ça me faisait bien rire.

Ses assistants devaient avoir dix-sept ou dix-huit ans. Probablement des sauveteurs, parfois des garçons, parfois des filles. Ils nageaient avec nous, tenaient nos mains lorsque nous faisions aller nos jambes, nous soutenaient par les épaules lorsque nous tentions de flotter sur le dos.

Je me souviens un jour être entrée, grelottante, dans la piscine au début d’un cours en descendant timidement par l’échelle.

L’eau était glaciale et j’en avais jusqu’aux épaules. Je commençai à marcher le long du mur pour rejoindre les autres enfants qui sautillaient dans le coin opposé de la piscine. Ce faisant, je m’arrêtai pendant une ou deux secondes devant une des assistantes, une adolescente qui portait un maillot bleu très ajusté. Elle regardait ailleurs, mais son corps me faisait face et j’ai un souvenir très net de sa poitrine qui était directement devant mes yeux.

Évidemment, je n’avais que six ans, alors je ne crois pas m’être arrêtée à cause de sa poitrine. Mais je me souviens de quoi elle avait l’air, de la forme de ces deux collines arrondies sous le lycra, douces, brillantes et mouillées. J’ai vraiment dû les fixer un bon moment, puisque j’en vois encore en fermant les yeux l’image, forme et couleur. Après un moment, le moniteur cria quelque chose, un truc que je ne compris pas, et tous les enfants se mirent à rire. Le rouge au front, je tentai de courir vers le groupe avec l’envie trouble de me cacher.

Rien d’extraordinaire ou de particulièrement marquant. Étrange tout de même que le souvenir soit si vif.

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La dame aux pieux

J’ai la tête dans le bleu du ciel, les fesses posées sur la plus haute branche du saule. En bas, sur un carré de pelouse entouré d’herbes folles, une femme nue est allongée sur le dos. Bras en croix et jambes écartées, ses mains et ses pieds sont attachés à des pieux fichés dans le sol. Debout près d’elle deux hommes veillent, le premier sans pantalon et le second complètement nu.

La noirceur et l’épaisseur des poils du pubis de la femme me fascinent. Les érections rougeâtres et démesurées des deux hommes me terrifient.

C’est tout ce que j’arrive à me rappeler. Je suis vraisemblablement descendue de l’arbre pour aller jouer avec les autres enfants. Peut-être suis-je restée pour regarder, mais si c’est le cas je n’ai gardé aucun souvenir de ce qui a pu se passer. J’avais six ans, peut-être sept. J’habitais à la campagne à cette époque, dans une grande maison pleine de soleil près d’une vieille grange grise et croche. Il y avait beaucoup d’enfants, encore plus de moutons, mais un seul arbre dans un champ qui pour moi semblait couvrir la terre entière.

Ce champ aujourd’hui est devenu banlieue et mon arbre n’est plus qu’un souvenir. Je n’ai jamais su qui étaient les hommes aux érections.

La femme écartelée et nue dans l’herbe était ma mère. Je devrais dire : est ma mère. Je reviens de la visiter. Elle est toujours aussi belle, peut-être même encore plus avec ses longs cheveux parcourus de mèches grises. En prenant le thé avec elle, l’image de sa toison noire et épaisse me revint à l’esprit. Mais lorsque je lui parlai du grand saule et du plaisir que j’avais à y grimper, elle me dit qu’elle n’en a aucun souvenir.

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Scène de la vie de banlieue

J’avais quatorze ans. Une copine de classe fêtait son anniversaire dans un club de gymnastique qui, pour une raison quelconque, permettait ce genre d’événement dans sa palestre. Les invitées s’amusaient un peu partout, s’étiraient sur les tapis, grimpaient sur la poutre ou alors sautaient sur le trampoline et je me souviens avoir pensé que c’était vraiment chouette d’être comme ça, entre filles, sans être embêtée par les garçons.

C’est alors que je l’ai vue.

Je ne sais pas quel âge elle pouvait avoir, mais elle avait des seins, je jure sur la tête de Lucifer qu’elle avait des seins, avec des collants roses, et un t-shirt sans manches trop serré pour elle qui relevait pour laisser entrevoir son nombril. Elle marchait lentement vers les barres asymétriques en attachant sa queue de cheval et moi je restai là, bouche bée, fascinée par la forme de ses seins, par la rondeur de ses mollets, par la douceur crème de son ventre. J’aurais voulu la dévorer vivante.

Je crois que j’ai eu mon premier orgasme, comme ça, assise la jambe repliée sur un tapis de gym, à la contempler. Et je crois que c’est à ce moment que j’ai compris pourquoi je ne m’intéressais pas beaucoup aux garçons.

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Promenons-nous dans les bois pendant que le loup n’y est pas

Pour avoir la paix au moins trois semaines pendant l’été, ma mère m’avait inscrite au camp du Cercle des jeunes naturalistes. J’avais reçu, le premier jour, un petit carnet où je devais, comme toutes les autres campeuses, noter mes observations en classant chaque spécimen rencontré selon le règne, l’embranchement, la classe, l’ordre, le genre, la famille et l’espèce.

J’étais donc en mission d’observation depuis deux heures lorsque j’entendis, derrière un fourré, le bruit d’une branche cassée. Jumelles aux mains, j’approchai silencieusement. Écartant les arbustes et les hautes herbes, je l’aperçus accroupie, culotte et short descendu sur les pieds. Elle penchait la tête, le regard fixé sur son entrejambe à peine voilé de quelques menus poils dorés. Une de ses mains se posait sur son mont de Vénus et de ses doigts elle écartait les lèvres de son sexe. Le jet, clair comme de l’eau, chantonnait joyeusement sur les pierres. Ma camarade appuyait sur son ventre pour accentuer le jaillissement, pendant qu’une petite mare se formait sur le sol.

Lorsqu’elle eut fini de se soulager, elle regarda autour d’elle, à la recherche d’un moyen de s’essuyer. Je me décidai donc de sortir de ma cachette, l’index sur la bouche, lui intimant le silence. Surprise, elle se tut, interdite. Je m’allongeai de façon à glisser ma tête entre ses cuisses, puis lapai, avec gourmandise, toutes les gouttes constellant les abords de sa vulve et la raie de ses fesses. Même si la récolte fut rapide, elle fut suffisante pour conduire la nymphette au plaisir, la dernière giclée coulant dans ma bouche et sur mon visage le prouvant indéniablement.

Sans un mot, elle se releva, s’ajusta et détala en riant. Tout en me pourléchant de ses parfums musqués, je notai dans mon carnet : « 8 h 17 : Animal – Chordata – Mammalia – Primate – Anthropoïda – Catarrhini – Hominoidea – Hominidae – Homo – Sapiens sapiens – femelle. Observai la miction du spécimen – pris échantillon. »

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Toutes les filles aiment se faire sauter en été

C’était l’été le plus brûlant de mémoire d’enfant et la mode était à la corde à sauter. Toutes les filles le faisaient. Évidemment, c’était un jeu pratiqué surtout par les plus petites, mais même les plus grandes se laissaient tenter – qu’elles aient quatorze, quinze et même seize ans. On pouvait entendre leurs comptines à danser dans toutes les rues du quartier.

« Un, deux, trois, voici le A
mon fiancé s’appelle André
Je reviens d’Angleterre
Et j’aime manger des ANANAS ! »

La mode était aussi à la baise. À quoi d’autre pourrait se consacrer une jeunesse oisive prisonnière de la banlieue ? Après tout, personne ne peut sauter à la corde sans arrêt ! Évidemment, c’était un jeu pratiqué surtout par les plus grandes, mais bien des années plus tard, je ne serais pas surprise d’apprendre que certaines plus petites s’y seraient laissé tenter.

Je me souviens de Chantal Laporte, une grande de dix-huit ans qui m’avait plaquée contre le mur arrière de sa maison. Les briques étaient si chaudes que je devais pencher ma tête vers l’avant pour ne pas brûler ma nuque. Ses mains glissées sous ma jupe, elle caressa doucement mes cuisses au son des sauteuses à la corde :

« Un, deux trois, voici le B
Mon fiancé s’appelle Benoît
Je reviens de Bulgarie
Et j’aime manger des BANANES ! »

J’écartai complaisamment mes cuisses, sachant que c’est ce qu’elle attendait de moi. Accroupie sur l’asphalte brûlant, Chantal lapa mon sexe de sa langue ardente, au rythme des cordes et des espadrilles frappant le trottoir. Je ressentis un vague frisson, en fait bien peu de choses si ce n’est un immense sentiment de triomphe. Et le désir de recommencer, encore, pour toujours.

Après avoir badigeonné généreusement le visage de mon amante, je rajustai ma jupe et rejoignis ma copine Nadine qui sur le trottoir d’en face faisait tournoyer la corde à sauter. Elle se doutait bien de ce qui venait de se passer et pour confirmer ses soupçons, j’entrai dans la danse et sautai, sautai en la regardant droit dans les yeux et en récitant :

« Un, deux, trois, voici le C
Ma fiancée s’appelle Chantal
Je reviens de chez elle
Et j’aime me faire manger la CHATTE ! »

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La fille dans mon lit

Elle était si belle, si incroyablement sexy… et sa langue s’insinuait entre mes cuisses. C’était stupéfiant et inespéré : une fille était réellement dans mon lit. Nue. Avec moi.

— Anne !

— Maman ? Je… Ce n’est pas ce que tu crois. Je ne faisais que dormir et… je ne sais pas comment elle est arrivée là, je te jure… Après une seconde de silence, la fille nue et ma mère éclatèrent de rire.

— Mais qu’est-ce que…

— Bonne nuit Simone ! Ne vous en faites pas pour la petite, les filles. Je vais lui donner son prochain boire… dit ma génitrice qui pouffait un fou rire en fermant la porte.

Simone replongea sous l’édredon, déposa sur ma vulve un tout petit baiser, puis émergea goguenarde sur l’oreiller.

— Tu sais ma puce, me dit-elle en rigolant, nous ne devrions peut-être pas dormir dans ton ancienne chambre lorsque nous sommes en visite chez ta mère.

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Sound check

Allongée sur le lit immense de la chambre principale, j’écoutai, attentive…

Rien.

J’ouvris la porte, tendis l’oreille vers le couloir.

Toujours rien.

Je marchai à pas feutrés jusqu’à la porte close de la chambre d’ami, pour y poser l’oreille. Des cris étouffés, le chant d’une femme en transe, submergée par la passion. Le chant familier de mon amour, celui que j’ai si souvent entonné avec elle, à l’unisson.

Le cœur chaviré, j’ouvris la porte. Elle était là, assise sagement sur l’édredon, me regardant d’un air inquiet.

« Test concluant » lui dis-je. « Il n’y a aucune chance que tes parents nous entendent. Alors, tu l’enlèves, cette culotte ?»

• • •

Mais… tu parles de moi? s’écria Simone, déconcertée.

Euh… Je mentionne ton nom ici et là…

Et tu racontes à la planète notre vie intime! Et depuis… 2003, par-dessus le marché!

C’est vrai, je parle un peu de nous… Mais je reste très discrète. Je change les noms quand le sujet est un peu trop sensible.

Alors là, je suis vachement rassurée. Bravo, tu es vraiment la reine de la discrétion, ironisa-t-elle.

Je suis sérieuse! Je mêle toujours réalité et fiction, pour en effacer les frontières. Si ça se trouve, la fiction l’emporte toujours… je brouille les pistes, quitte même à me projeter dans le corps de l’autre.

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Onanisme en trois temps

Un garçon de onze ans se masturbe au-dessus de la cuvette des toilettes et tire ensuite la chasse d’eau. Il est alors immédiatement frappé par la peur que son sperme, après un long slalom à travers la plomberie de sa maison, se rende dans la mer et finisse par mégarde par inséminer un poisson, ou peut-être une baleine, car il sait pertinemment que c’est ainsi que naissent les sirènes. Voilà pourquoi il est terrorisé par la pensée que cette créature hybride finisse par le retrouver et lui demande d’assumer ses responsabilités paternelles. Parce qu’il est convaincu d’être encore trop jeune pour porter un tel fardeau et que, comble du malheur, sa mère saura ainsi ce qu’il a fait, tout ce temps, enfermé dans les toilettes.

° ° °

Un garçon pubère se masturbe en regardant les indigènes aux seins dénudés sur le papier glacé d’une vielle copie du magazine Geo trouvé dans la bibliothèque de son père. Il trouve ensuite par hasard, dans un grand livre noir, une photo de femmes nues. Un groupe de femmes nues – certaines grasses et voluptueuses, certaines petites et graciles, debout dans la nature, sous un ciel gris comme un drap qui n’arrive pas à couvrir leur nudité. Il est si fasciné par la variété de ces seins magnifiques, si absorbé par le contraste de ces touffes de poils sombres sur la blancheur de la peau des ventres et des cuisses qu’il ne remarque pas les hommes, ceux qui de chaque côté du groupe tiennent des mitraillettes, les hommes en uniforme qui portent le brassard à croix gammée.

° ° °

Un garçon, si ravagé par les tourments de la puberté qu’il fait l’école buissonnière pour avoir tout le loisir de se masturber en paix, vole le catalogue Sears de sa mère. Il déchire sa page préférée puis s’installe à son pupitre, sous la fenêtre ensoleillée de sa chambre. Avec la minutie d’un chirurgien, il tente avec la gomme de son crayon HB d’effacer, telle une faute d’orthographe, la culotte diaphane du mannequin qui laisse entrevoir des plis aussi mystérieux qu’envoûtants. Il finit évidemment par percer un trou à travers la feuille, tout absorbé qu’il est par le vortex de folie qu’engendre la luxure.

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II

Simone prit la souris de l’ordinateur, l’inspecta un long moment, la renifla.

Qu’est-ce que tu fais, lui demandai-je.

Je suis déçue, je t’avoue. Ma sœur se plaint que son mari se branle continuellement devant son ordinateur et moi, l’idiote, je me félicitais que ça ne pouvait jamais m’arriver parce que je vis avec une femme.

Je ne me branle pas devant l’ordinateur, j’écris! Protestai-je.

Dans ton cas, je trouve que c’est rigoureusement la même chose, si je me fie à ce que je lis… et à ce que je vois ici… dit-elle en grattant la fine couche de cyprine séchée qui tachait les touches de mon clavier.

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Ode au majeur gauche

Si tu avais un nom, ce serait Enrique. Ou encore, Pedro. Car tu es trapu, ferme, rousselé, hâlé par le soleil et le dur labeur.

Je me souviens avec douleur de l’époque amère où, fracturé, tu restas pendant des semaines immobile dans ton atèle. Tu es le maître des monologues rythmiques et frictionnels, toi seul sais éventrer les digues avec tes glissements saccadés, immémoriaux, reptiliens.

Mon équilibre mental tout entier repose sur ta phalangette, quand pendant les quelques secondes où tous ont le dos tourné tu plonges, net et précis, et que la tension gicle hors de moi dans un spasme libérateur.

Quel l’arthrite emporte tous les autres, mais te laisse pour toujours avec moi.

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La première aventure céleste de Monsieur Bleubleu

Je venais d’avoir dix-huit ans lorsque j’ai rencontré Monsieur Bleubleu. J’étais alors obsédée par mon prof de philo, folle à lier d’amour. Je guettais son arrivée chaque matin, monopolisais ses heures de bureau, buvais chacune de ses paroles, riais comme une idiote à toutes ses blagues. Une vraie midinette.

Un jour, il se présenta en classe avec Monsieur Bleubleu – c’est ainsi qu’il nous le présenta —, un gros feutre à encre permanente en métal avec une pointe biseautée de marque Dixon. « Demandons à Monsieur Bleubleu de nous épeler ce mot difficile », nous disait-il en rigolant, chaque fois qu’il écrivait au tableau à feuilles. Ce surnom enfantin, ajouté au caractère éminemment phallique de l’objet, me fit craquer. J’adorais le voir manier Monsieur Bleubleu de sa main robuste, lorsqu’il l’empoignait virilement pour le faire glisser sur la feuille vierge.

Lorsque quelques cours plus tard il arriva en classe avec Monsieur Bleubleu dans la poche avant de son jean, créant une protubérance des plus suggestives, ma cervelle flancha. Je le vis le secouer pendant tout le cours, le faire aller et venir sur le papier, le porter à sa bouche, même. Tout cela était beaucoup trop pour moi; je m’en mordais les lèvres d’excitation. Les nerfs à vif, je profitai de la pause pour chaparder Monsieur Bleubleu, avec l’intention confuse de le conserver comme un souvenir – ou alors comme une relique. L’objet du délit dissimulé dans ma manche, je me faufilai discrètement dans le couloir. L’excitation du vol, ajoutée à celle de la leçon, empourprait mon visage. J’allai me réfugier dans les toilettes, où je m’installai dans la première cabine disponible pour contempler mon butin. Assise sur la cuvette, Monsieur Bleubleu à la main, qu’avais-je d’autre à faire ? Les sens en feu, j’ai relevé ma jupe, retiré mes sous-vêtements, étendu mes jambes autant que je pouvais et j’ai commencé à faire glisser Monsieur Bleubleu, le dos appuyé contre le réservoir de la chasse d’eau, pour faciliter la besogne. My gode ! Que Monsieur Bleubleu se sentait bien au chaud en moi ! Comme c’était bon de le sentir fouiller ma chatte, pendant que d’un doigt je taquinais mon clito! Il me baisait comme un chef. Et, heureusement pour moi, il s’est abstenu éjaculer son sperme indigo lorsque je déclarai forfait.

Mon crime accompli, je me demandai ce que je devais faire de Monsieur Bleubleu. Le rendre innocemment à son propriétaire, dans l’espoir qu’il le porte encore à sa bouche ? Le donner à ma copine Nadine, elle aussi folle de lui ? En faire don à l’Armée du Salut pour les enfants nécessiteux? Après avoir longuement réfléchi à ce dilemme moral, je décidai tout simplement de le garder avec moi. Depuis, Monsieur Bleubleu visite régulièrement les toilettes publiques en ma compagnie. Son encre s’est tarie depuis longtemps, mais je le garde amoureusement, car on ne peut imaginer compagnon plus fidèle pour une femme de lettres.

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Célibat

Quand Anne Archet était célibataire, elle n’avait cure d’être seule.

Elle pouvait dormir quand elle le voulait, où elle le voulait, aussi longtemps qu’elle le voulait. Elle pouvait manger des chips au vinaigre au lieu du riz brun biologique, de la crème glacée à la pâte de biscuits au lieu du yaourt allégé. Elle pouvait lire des romans à l’eau de rose plutôt que la Critique de la raison pure, le Cosmo plutôt que le Monde Diplomatique.

Personne ne trouvait à redire.

Elle pouvait sortir ruisselante de sa douche sans peur ni reproches. Elle pouvait balader sans honte son corps nu et trop maigre, et même tirer la langue et le bout de ses mamelons devant le miroir en croisant les yeux comme une demeurée.

Personne ne pouvait voir.

Elle pouvait s’allonger sur le sofa et essayer tout ce qui lui passait par la tête. Une chandelle. Une bouteille d’eau minérale. Un concombre. Une statuette de la Sainte Vierge qui brille dans le noir. Ou quelque autre objet oblong et arrondi à portée de sa main qui la faisait rigoler.

Personne ne pouvait s’en inquiéter.

Elle pouvait crier comme une harpie qu’on écorche. Elle pouvait hurler comme une naïade besognée par une armée de satyres.

Personne n’entendait. Personne ne s’en souciait. Personne ne venait.

Sauf Anne Archet.

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Tricotillomanie thérapeutique

— Hum… il est anormalement allongé, madame Archet.

— Docteur, il est sur le point de me rendre folle. Il dépasse et frotte contre mon jeans – j’en arrive à jouir simplement en me promenant dans la rue.

— Je vous avais bien dit de le laisser tranquille. Vous devez cesser d’y toucher et de le tirer. Dites-moi, combien de fois par jour vous masturbez-vous ?

— Euh… je ne parlerai qu’en présence de…

— Vous n’êtes pas en état d’arrestation Anne. Ce n’est qu’une simple question.

— Je n’y peux rien docteur. Je collectionne les curiosa et j’écris des textes érotiques. Il faut bien que j’allège la tension d’une façon ou d’une autre.

— Mais êtes-vous obligée de tirer dessus ?

— Ça m’aide à me concentrer.

Il se mit à griffonner nerveusement et me tendit une prescription : « La patiente se tortillera une mèche de cheveux au besoin. »

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Chattes

Les flashs des paparazzi se déchaînent autour de moi dès que je traverse le cordon de velours. Deux femmes à tête de chatte me tiennent par les bras et m’entraînent de force le long du tapis rouge, qui crisse sous mes escarpins.

Je suis la seule femelle humaine dans cette foule mondaine. Tous les autres – les photographes, les reporters, mes deux gardes du corps – ont des têtes de chats et des corps d’humains majeurs et vaccinés.

— Pouvez-vous confirmer les rumeurs de stérilisation qui courent à votre sujet ? me demande une journaliste siamoise en écrasant un micro dans mon visage. Son haleine empeste le Cat Chow.

Plus tard, une starlette à tête de persan s’avance vers le podium et déchire l’enveloppe, sous le roulement des tambours :

— Et la gagnante du prix « Chaque fois que vous vous masturbez, Dieu étripe un chaton » est… Anne Archet !

Je me dirige vers la scène au son des miaulements et des crachats des félins. En me remettant ma statuette (une vulve dorée fichée sur un index), l’animatrice à tête de bobtail me glisse à l’oreille :

— Touche-toi encore une fois et on dévore ta fille dans son sommeil !

En ouvrant les yeux, encore et toujours seule dans mon lit, je vois Ravachol, mon vieux matou, qui me toise en ronronnant, couché sur ma poitrine.

• • •

Tu mêles même notre chat à tes cochonneries! s’exclama-t-elle, sidérée.

Ne sommes-nous pas, après tout, un couple de brouteuses de minou?

Tu te penses très drôle, hein…

Tu ne peux pas me reprocher de m’inspirer de notre quotidien. Toutes celles qui écrivent le font.

Nos scènes de ménage sont pourtant si banales, je vois difficilement comment elles peuvent t’inspirer.

Le couple est une source inépuisable d’épuisements, tu le sais bien…

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Trois scènes de ménage

— J’en ai assez de vivre dans une telle soue à cochons ! Désolée ma belle, mais c’est aujourd’hui que je vais t’apprendre à ranger tes trucs !

— Tu n’es pas ma mère, à ce que je sache. Je paie ma part de loyer et ce n’est surtout pas toi qui va venir me… mmm ! mmm ! mmm !

La pose du bâillon-boule eut l’heureux effet de clore définitivement cette discussion. Et puisqu’elle m’assassinait du regard, je lui bandai aussi les yeux. Après tout, j’avais besoin de la sainte paix pour travailler.

J’étudiai tous les accessoires éparpillés un peu partout sur le plancher de la chambre. Je commençai par les pinces à seins, que je réglai lentement jusqu’à obtenir la sensation – et la grimace – désirées. Je glissai ensuite le petit plug de latex noir délicatement dans son derrière, non sans l’avoir préalablement enduit de ce qui restait du contenu du tube de lubrifiant qui traînait près de la table de nuit. Ce fut ensuite au tour du stimulateur de clitoris, un joli petit vibro rose en forme de papillon, que je fis tenir en place grâce à ses courroies élastiques ajustables. Je terminai par le vibromasseur surdimensionné à tête rotative et souriante et fière de la besogne accomplie, la regardai se tordre en geignant sur le lit.

— Tiens ! lui dis-je sur un ton satisfait. Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place ; ne se sent-on pas mieux ainsi, quand tout est rangé ?

° ° °

— Tu viens, chérie ? Je veux te montrer mon petit bouton secret, lui dis-je, les yeux remplis de promesses.

— Vraiment ? me répondit-elle, soudainement intéressée.

Je la pris par la main et, passant sans m’arrêter devant la porte de la chambre, je la menai directement à la cuisine.

— Ma puce, je te présente le lave-vaisselle. Ce truc est fabuleux : un seul geste de ta part et ça devient chaud, bien mouillé et prêt pour l’action. Mais tu dois d’abord trouver le bouton.

J’appuyai sur «wash» et l’appareil se mit à ronronner.

— Oups, dit-elle tout simplement.

Elle avait l’air piteux du chien qui vient d’uriner sur le tapis. Qu’auriez-vous fait à ma place ?

— Ne fais pas cette tête. Viens, j’ai un autre bouton à te montrer – son effet est à peu près le même.

° ° °

La petite culotte blanche s’était détachée de la corde à linge et avait virevolté par-dessus la clôture pour atterrir sur le pas de ma porte. Je la ramassai, puis allai frapper chez la voisine.

— C’est la vôtre ? lui demandai-je en souriant malicieusement.

Elle fit signe que oui, rougissante. Elle avait trente-cinq ans, quarante peut-être – je n’ai jamais été douée pour deviner l’âge de mes coups de foudre – un éclair gris qui rayait sa chevelure de minuit et un sourire affûté comme un scalpel. Elle prit la culotte, m’invita chez elle et m’offrit un café.

La table de la cuisine était revêtue d’une vitre translucide et sa blouse l’était presque autant. Quant à son expresso… il était noir comme le péché, brûlant comme l’enfer – exactement comme son regard. Nous échangeâmes quelques banalités de bon voisinage jusqu’à ce que ma tasse soit refroidie et que mes sens s’échauffent. Après une vingtaine de minutes, elle me montra poliment le chemin de la sortie, souriante comme le Chat de Cheshire.

Le lendemain matin, un string rouge reposait sur ma pelouse.

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Laisser-aller

Ce soir-là, l’alcool aidant, il osa dire devant tous leurs amis : « Regardez comme elle se laisse aller ! »

Comme si son ventre ne débordait pas par-dessus sa ceinture! Son ventre immense, nourri de bière qui fermentait dans ses entrailles et qui chaque nuit explosait en miasmes putrides, plongeant la chambre dans un remugle sans nom qui invariablement la tirait, dégoûtée, du sommeil.

Cette nuit-là, en pleurant de rage dans la douche, elle lui cria : « Comment oses-tu, toi, me dire que je me laisse aller ? » Tout ce qu’elle aurait voulu, c’est mourir sous cette eau brûlante. Qu’acide, elle la dissous, la fasse disparaître de cette vie infecte et ignoble. Mais l’eau est imprévisible; on ne sait jamais parfaitement dans quelle direction elle décide de fuir.

Une femme déliée, élancée, suprêmement affriandante émergea des nuées épaisses de vapeur. Elle regarda la larve ingrate qui lui tenait lieu de mari une dernière fois. Puis, enfin, elle se laissa aller.

• • •

Visite à domicile

Désolée de vous déranger, mais puis-je parler à la maîtresse de la maison ? Est-elle prise en ce moment ? Est-elle sous la douche ?

Si c’est le cas, puis-je grimper les escaliers sur-le-champ, sans bien sûr déranger la maisonnée, pour me rendre à la salle de bains et, toute nue, la rejoindre sous la douche dans l’eau chaude et près de son corps lourd et brûlant même si je me doute bien qu’elle risque sur le coup d’être effrayée, et lui parler pour la rassurer, lui dire qu’elle n’est pas grosse du tout, que ses seins sont toujours magnifiquement ronds et succulents, que son cou est fin et élégant, et lui dire en l’embrassant que la vie est encore grande ouverte devant elle, pour que je puisse glisser ma main entre ses cuisses savonneuses et l’emmener au paradis en lui chuchotant à l’oreille ces mots secrets qu’elle aurait pu entendre ce fameux jour de juillet, il y a si longtemps, avant le mariage, les enfants et les pattes d’oies aux coins du visage, jusqu’à ce que sur le plancher de la douche, submergées de bonheur, en larmes et tremblantes, nous nous aimions désespérément ?

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Prête à tout pour être satisfaite

C’est alors qu’elle le surprit à zieuter de la pornographie sur Internet : une fille au postérieur particulièrement rebondi se faisant écarquiller par derrière et en gros plan par un mat de cocagne aux veines violacées ; des doigts bizarrement manucurés agaçant la vulve béante avec la passion de celle qui en a vu d’autres.

— Qu’est-ce que c’est que ça ? dit-elle, attrapant ses épaules par-derrière, sur un ton feignant impeccablement l’indignation outrée.

— Ce n’est rien. Juste… des trucs, répondit-il, penaud.

Sur l’écran, l’oignon plissé se faisait bourrer de plus belle.

— Juste des trucs ?

La pimbêche numérique se mit à couiner son plaisir virtuel.

— Elle a l’air d’aimer, articula-t-il timidement. Je ne sais pas… peut-être qu’on… qu’on pourrait essayer… Elle se glissa devant lui et s’assit sur ses cuisses.

— Tu crois ? dit-elle, sentant la trique sous ses fesses prendre la forme de celle qui s’agitait les pixels sur l’écran. Les deux hommes – le sien et celui de l’écran – soupirèrent.

— Pour tout de suite, essayons plutôt ceci… dit-elle en tapant « tiffany.com » dans la fenêtre du fureteur.

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Duplicate

Je tapotai pensivement mes lèvres du bout de l’index, puis plaçai soigneusement mes lettres après le mot « fou ».

— Tadam ! Lettre compte double… mot compte triple… quarante-deux points… plus cinquante parce que je vide mon chevalet… quatre-vingt-douze ! Lalalèreu !

— « Foutentrer » n’est pas acceptable, me dit-il sans sourire.

— Bien sûr que ça l’est. C’est un mot tout ce qu’il y a de plus banal et usuel.

— Et madame peut daigner m’en donner la définition ?

— Tout le monde sait que ça signifie « remplir avec force ». C’est un verbe du premier groupe qui se conjugue tout simplement comme « aimer » ou « entrer ».

— Pfff. Et tu t’attends vraiment à ce que je gobe ça sans mot dire ?

— Serait-ce un défi ?

— Évidemment.

— J’ai laissé mon dico chez moi… lui dis-je en souriant malicieusement.

D’un geste vif, il fit voler les pièces du jeu dans tous les sens en envoyant valser le plateau de carton jusqu’au fond de la pièce, puis me foutentra vigoureusement sur la table.

• • •

Difficile de lui plaire

Pendant le week-end, nous eûmes une terrible scène de ménage. Dimanche soir, étendue sur le sofa et rongée par le remords, je me résolus à me réconcilier coûte que coûte avec elle.

Lundi, je lui achetai des œillets. Déçue, elle me fit la gueule – elle aurait préféré des roses.

Mardi, je lui achetai des chocolats. Déçue, elle me fit la gueule – elle aurait préféré des Godiva.

Mercredi, je lui achetai un bourgogne. Déçue, elle me fit la gueule – elle aurait préféré du champagne.

Jeudi, je lui achetai une perle montée en pendentif. Déçue, elle me fit la gueule – elle aurait préféré un diamant.

Vendredi, de guerre lasse, j’abandonnai et invitai le directeur du département à dîner à la maison. Déçue, elle me fit la gueule – elle aurait préféré la réceptionniste.

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Pavlova

Je n’avais pas vu Galina Pavlova depuis son mariage. Elle était si heureuse d’avoir déniché un compatriote sur le Plateau Mont-Royal qu’elle l’avait épousé après seulement deux mois de fréquentations. Or, le beau Sergei s’est avéré être un beau salaud, rabat-joie jaloux et caractériel qui n’a pas attendu la fin du voyage de noces pour faire le vide autour de sa charmante épouse. Son habitude de me traiter de putain chinetoque débauchée en me lançant son journal à la figure avait même eu raison de ma volonté que je croyais pourtant inébranlable de ne pas laisser ce chien sale enterrer vivante ma copine comme un os à ronger.

Quelle ne fut donc pas ma surprise lorsqu’elle m’appela pour m’inviter à prendre le thé chez elle! Assise devant le samovar, elle était radieuse et papotait avec moi comme aux beaux jours de l’avant-Sergei. Moi, je guettais plutôt avec appréhension l’arrivée éventuelle de son chien enragé.

— Et comment va ton mari ? Toujours aussi… affirmé ? risquai-je.

— Ne t’en fais pas, Sergei est maintenant beaucoup plus calme.

— Tu l’as vacciné contre la rage ? lui demandai-je, sceptique.

— J’ai choisi un remède plus radical, me dit-elle avec un sourire espiègle. Pendant un mois, j’ai attendu chaque soir qu’il soit sur le point de s’endormir pour le sucer en sonnant une cloche.

— Et en quoi un tel traitement règle-t-il son problème d’humeur ?

J’eus à peine le temps de finir ma phrase que Sergei entra dans la pièce en criant:

— Galina ! Je t’avais dit de ne plus inviter cette traînée…

Elle déposa calmement sa tasse et une minuscule clochette qu’elle gardait accrochée autour de son cou, sur une chaînette en or. Instantanément, la braguette de son mari se gonfla et s’humidifia après trois hoquets et deux convulsions. « Gah ! Je… uh… sale… » bafouilla le chien de Pavlova avant de fuir à l’étage, la queue entre les jambes.

—Sucre ? me demanda tout sourire la maîtresse de maison.

• • •

Comment les culottes se retrouvent sur le trottoir

— Regarde, un string ! Comme ça, sur le trottoir…

Je me penchai pour le ramasser, mais Simone attrapa mon bras.

— Hey ! Pas touche ! Tu ne sais pas par où il a pu passer…

— Tu as raison. J’aimerais bien savoir par où il a bien pu passer et surtout, comment il est arrivé là…

— Question existentielle s’il en est-une. Allons, nous sommes attendues.

Dans l’autobus, je ne cessai de spéculer sur l’origine du sous-vêtement.

— Peut-être s’est-il échappé d’une corde à linge… à moins qu’il s’agisse d’un sac troué de La Senza… Tu penses que ce serait un couple qui baisait dans le parc et qui…?

Excédée, Simone leva sa jupe, souleva son popotin, retira sa culotte et la lança, sans trop regarder, sur le banc vide devant nous.

— La voilà, ta réponse. Contente?

Nous pouffâmes de rire alors qu’un jeune couple montait dans l’autobus.

— Regarde ! dit le jeune homme en portant la culotte à son nez.

— Beurk ! répondit sa copine.

Il lui chuchota quelques mots à l’oreille, puis se elle se mit à farfouiller sous sa robe en rigolant.

• • •

Mesures dilatoires

— Une coquerelle, dit-elle en se grattant le nez.

— Hum…

— Un cancrelat… une blatte… un cafard si tu préfères. C’est ça ! Oui ! Cinq cents coquerelles, qui se promènent le long de ton dos !

— Ouf… soupira-t-il, en essayant de sourire.

— Oui… ou alors, un seau rempli de… hummm… têtes de poissons morts.

— Hum. Pfff.

— Euh… un seau rempli de têtes de poissons morts… laissés au soleil pendant des heures… Oh ! Avec des asticots !

— Pfff. Je crois que je vais…

— Non, attends ! Dix heures de lèche-vitrines à la Plaza St-Hubert!

— Ah ! Je vais…

— Avec ma mère !

— Ahhhrrrg !

Elle tourna la tête et jeta un coup d’œil au réveil posé sur la table de nuit.

— Trois minutes dix secondes. Ton meilleur temps à vie, commenta-t-elle sur un ton bienveillant.

— La… prochaine fois… ffff… commence par… ta mère, dit-il en reprenant son souffle.

• • •

Plafond suspendu

Ces nouveaux modèles de plafonds suspendus sont vraiment magnifiques. Rien à voir avec les salles d’attente des dentistes. Les rails ont un joli fini cuivré, et les tuiles acoustiques sont joliment découpées, avec une texture intéressante. Si seulement j’avais un sous-sol à décorer… je me demande combien il peut y avoir de petits trous d’aération sur cette tuile… vue d’ici, pas facile de compter. Un, deux, trois, quatre… quinze, seize… euh… non. Je recommence. Un, deux, trois… vingt-deux, vingt-trois… quarante-cinq, quarante-six… hum… disons une cinquantaine par tuile. Ça fait combien de trous pour un plafond entier ? Une, deux, trois quatre, cinq, six rangées. Et une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept colonnes. Donc, il y a six fois sept… quarante-deux tuiles, moins les deux tuiles du coin, ça fait quarante, plus les six tiers de tuile du dernier rang, on revient à quarante-deux tuiles…

— Oh ! Anne ! Je vais jouir, oh, oh…

— Non, attends-moi mon amour, continue, continue…

Donc, cinquante trous fois quarante-deux… deux fois zéro, zéro… deux fois cinq, dix…

• • •

Plan d’urgence

Je me présente à la porte de mon bel inconnu et je frappe frénétiquement, sans discontinuer. Il ouvre, me regarde d’un air stupéfait et je le pousse à l’intérieur. « C’est une urgence ! » que je lui dis en me déshabillant. Je cours vers sa chambre en laissant derrière moi une traînée de vêtements qu’il suit tel un petit poucet ahuri et bandant. Je me lance sur son lit la tête la première, j’atterris sur le dos et j’ouvre les cuisses en lui criant : « Vite ! Vite ! » Alors à coup sûr il se dévêt en vitesse, passe son t-shirt par dessus sa tête en me montrant ses bras noueux, sa poitrine musclée, son joli cul bien ferme. Avant qu’il ne puisse dire quelque chose, j’attire sa tête entre mes cuisses et lui ordonne : « Lèche ! Pas de temps à perdre ! » Sans surprise, il s’exécute, par petites lapées, avec un savoir-faire insoupçonné. Mais après une ou deux minutes, il faut bien passer aux choses sérieuses. Alors je lui dis  « Ça suffit ! Vas-y ! Maintenant ! »

Alors qu’il se met en position, je lève mes jambes et place mes mollets contre ses larges épaules. « Profond. Tout de suite. Je te veux au plus profond ! », voilà ce que je lui ordonne – et il obtempère, ça, c’est sûr. Quant à moi, je remue des hanches pour lui faciliter la tâche, pour qu’il puisse glisser jusqu’au col, pour qu’il bute contre la matrice.

Il grogne. Je soupire. Puis il reste en moi jusqu’à ce que le spasme expire. Évidemment, il me demande ensuite : « Mais qu’est-ce qui est si urgent ? »

Je lui réponds alors : « Le petit a besoin d’un père. »

Ça ne peut que fonctionner ; reste seulement à trouver où il habite.

• • •

Cinq dialogues nuptiaux

— Siobhan et Iseult voudraient que tu sois leur garçon d’honneur.

— Ah oui ? Tu leur diras que j’accepte avec joie. Être témoin à un mariage lesbien… voilà un truc qu’on ne se fait pas offrir tous les jours !

— Tu es la personne toute désignée : après tout, c’est grâce à ton séminaire de recherche qu’elles se sont rencontrées… oh, en passant, ce sera une cérémonie wiccan, ce qui veut dire que tout le monde sera skyclad.

Sky quoi ?

Skyclad. Vêtu du ciel.

— Hein ?

— Dévêtu. Déshabillé. Nu. À poil.

— Mais… je ne peux pas, voyons…

— Bien sûr que tu le peux, chéri.

— Tu ne comprends pas ! Je serai dans une pièce avec une vingtaine de femmes nues ! Je vais… tu sais… pointer vers le ciel.

— Ne t’en fais pas, trésor, elles ont déjà prévu le coup.

— Hein ?

— Tu sais qu’elles s’échangent des bracelets au lieu de joncs, n’est-ce pas ?

— Et alors?

— Tu seras aussi le porteur des alliances, mon chou.

° ° °

— Devine quoi : je vais me marier !

— Toi ? Te marier ? Mais avec qui ?

— Tout est rigoureusement planifié dans les moindres détails. Les vœux seront échangés sous la pleine lune d’août. Je les ai rédigés moi-même ! Il promettra de faire le ménage, de laver la cuvette, de faire la cuisine, d’aimer mes chats et de m’obéir au doigt et à l’œil, naturellement.

— Et qui est l’heureux élu ?

— Tu devrais voir ma robe… un décolleté en organza festonné avec bustier baleiné perlé et traîne chapelle… et surtout une jupe évasée en bas du genou, pour bien mettre en valeur mes chaussures.

— Tes chaussures ?

— Oui, mes chaussures. Tu vas crever de jalousie ma vieille ! Des sandales scandaleusement argentées, avec des brides à paillettes, des plateformes gratte-ciel vertigineuses et des talons aiguilles si fins qu’ils vont sûrement perforer le parquet de l’église !

— Laisse tomber les chaussures ! Dis-moi qui est le marié, bon sang !

— Le marié ? Pfff. Il n’y a que les chaussures qui importent, voyons.

° ° °

— Trésor, réveille-toi… je viens de faire un horrible cauchemar…

— Unnngh ?

— J’ai rêvé que je te surprenais au lit avec une autre femme. Tu ne serais jamais capable de me tromper, n’est-ce pas ?

— Hein ? Bon sang, mais qu’est-ce que tu me chantes ?

— Olivier ! Mais… mais… qu’est-ce que tu fais ici ? Et où est…

— À Cornwall – enfin, je l’espère. à quoi veux-tu en venir ?

— Mais c’est impossible, je…

— Quoi ? Tu ne vas tout de même pas me faire ton numéro de vierge offensée, après tout ce que tu as fait cette nuit !

— Je… oh mon dieu !

— Ah, je vois… encore un de tes petits jeux… Vas-y, fais-toi plaisir, salope, ça me fait bander !

— Je t’en supplie, arrête, tu dois…

— Branle-moi, putain adultère. Avec ta main gauche, pour que je puisse bien voir ton alliance.

Elle se s’éveille en sursaut.

— Chérie, chérie, réveille-toi… je viens de faire un horrible cauchemar…

— Unnngh ?

— J’ai rêvé que je te trompais. Avec un homme, par-dessus le marché! Oh, Simone… tu es certaine que cette histoire de mariage est vraiment une bonne idée ?

— J’en suis convaincue, ma belle. Dors, maintenant ; demain la journée sera longue.

° ° °

— Dommage que la mariée ait choisi un voile léger. Elle a pourtant une tête à chapeau…


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