Excerpt for Poèmes à porte fermée by Denis Heudré, available in its entirety at Smashwords

poèmes à porte fermée

denis heudré



préface de Guénane

SMASHWORDS EDITION

* * * * *

PUBLISHED BY:

Denis Heudré on Smashwords


poèmes à porte fermée

Copyright © 2009 by Denis Heudré



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La poésie comme poignée de porte. Ces portes intérieures qui grincent parfois sur les gonds de l’enfance.


Denis Heudré signe ici son quatrième recueil de poésie.


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préface

Infiniment têtu, un piano joue; sobre, il dérive dans le dérisoire, NOTRE dérisoire qui occupe toute la place. Ce gros nuage n'est pas un leurre, c'est le nuage de l'enfance bien plus fidèle que le bleu du ciel. Grandir c'est mentir. Le sourire aussi est un mensonge, ému, émouvant. Toutes les photos mentent. J'entends Satie et j'aime, la vie est simple comme un labyrinthe.


À porte fermée, nous cherchons l'issue, l'échappée. Les cris sont muselés. Juste entrouvrir, feuilleter, refeuilleter à l'envers pour relire à l'endroit. L'envers c'est l'endroit où chacun entame son chemin intime.


Libellules, embruns, les mots ne pèsent. L'enfant maladroit, fragile, regarde passer les souvenirs et les trains. Des mots sans voix vous appellent; sans voix, non sans écho pour ceux qui cherchent la clé des paillassons et des serrures à double tour.


Avec le temps, l'enfance frappe à la porte de plus en plus fort. Le passé colle; sec, il caillasse. Je ne connais pas Denis Heudré, sinon « virtuellement ». Il a froid à l'enfance. Je n'aime ni le sucre ni le gras ni le débraillé, dans la vie ni dans les mots; ses poèmes À Porte Fermée en sont dépourvus. J'y suis entrée sur la pointe d'un troisième œil, me souvenant de moi, écoutant avec une troisième oreille. Visiteuse discrète, pas effarouchée, le plancher a craqué juste ce qu'il faut sous les mystères.

Guénane- juillet 2009.

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à Valérie, Quentin, Apolline et Héloïse

pour tout ce bleu...

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« L’homme est peuplé de nuages qui le connaissent depuis l’enfance »

Jean Orizet

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enfermé du dedans du moi de ma tête à l'intérieur de l'huis du moi assis sur un seuil donnant sur mon passé ouvert à double tour trop lâche pour l'envie celle de partir en mots réfrénée par la recherche d'un len- demain qui convient aux convenances des conventions l'horizon ne peut se déplacer me disait-on alors utiliser tout ce gris comme encre et profiter de ce seuil pour démonter ce passé rouages de l'enfance aux parquets cirés et voisin du dessous écrire et se surprendre d'horizons

* * * * * *

il faut sourire pour la photo

une espèce d'innocence sans relief

pour faire croire en l'harmonie


sourire c'est mentir un peu


mon regard sans relief

sans doute plein de doutes

se construisait son labyrinthe


les enfants ne sont pas

égaux dans le regard

* * * * * *

pays d'arrière paupières

irrité des bris d'enfance


la couleur a tourné

au bois des barrières

au froid fil de fer


rien de bien grave

juste un pas empêché


une fragilité au regard

un froid dans la main

l'impossible tendresse des revanches

* * * * * *

la marche devant le seuil

la pierre est chaude


et moi assis

j'attends l'heure de l'enfance


trop timide

en débraillé de ciel

* * * * * *

combien d'enfants

nés de la sagesse

enfants uniques

pour ne pas trop dépenser


pas trop de jouets

ni de vêtements ni même d'amour

enfants sages

pour ne pas trop déranger

* * * * * *

de mes fois il était un château crénelé de plastique un jeu des sept familles et quelques Majorettes (pas encore attiré par les gambettes) rouvrir vieilli cette porte toutes mes planquet-tes et tout le ten-drement n'en prendre que le vivant pour écrire ces mots pas encore page mon nom en une de ce paravent d'amertume

* * * * * *

dans l'axe du seuil

crier à la vie

et chercher un espoir

à habiter


mais les paillassons

gardent leur clé

et les serrures

leurs doubles tours

* * * * * *

lourd le velours

des replis d'enfance

à l'ombre


les repas d'ombre

sans merci

sans voix


vivre de vide

en jours

ordinaires

* * * * * *

du lendemain

la fracture


la peur de la chute

le réflexe de repli


l’instinct d’amertume

hypertrophié

* * * * * *

équipe inverse

drôle de nom

pour un couple


mort d’elle

et de lui aussi

pendant une semaine


seul

jouer les blancs

jouer les noirs


seul

échec et mat

* * * * * *

la plainte au jour

l'ombre

sous chaque pas


tant d'amour jamais

quand chaque baiser

aiguise l'absence

* * * * * *

savoie ou petit-beurre

et le pain sec aussi

le passé reste collé

à la bouche


manque de crème anglaise

et de tarte aux pommes

occasions de tendresse

prises dans les poussières


une enfance

de gâteaux secs

mais de gâteaux

tout de même

* * * * * *

ouvrir les mots à clef dire dans dire plus de mots sans attaches en mouvement des mots du dedans balançoires du dedans qui pro-pulsent les mots avant d'imaginer et puis homme aussi pourquoi pas colère poésie-bélier qui fait sauter les gonds extraction de passé à l'arrache-traces là encore le dedans le mal par le mal écrire à corps manière

* * * * * *

ouvrir son cœur

à la crémone


- futur étroit -


accumulation

de jours trop simples

* * * * * *

dans l'arrière cour

de mes pensées secrètes

des instants perdus à dévorer le ciel

par le trou des cheminées


l'azur emprisonné de suie

m'angoisse à tout jamais

* * * * * *

leurs rires

me caillassent


je reste statue

stupeur


ma peau

n'a rien de sécurit


comme un vase

sur l'arête du réel

* * * * * *

et le froid

d’un dieu punissant


confesse

double gros mot


j’ai encore menti

* * * * * *

ces froids de l'enfance

cachés dans la doublure

d'un regard fuyant

lâcheté ordinaire

l'estomac en nœud de sable


écrire et traverser cela

changer l'enfance 

en fruit confit

écrire dans ses veines

un sang nouveau

* * * * * *

alors oui

ce chant passé


poème

à porte fermée


d’amertume

sans relief sans désir


de feuilles mortes

à trébucher d'ombre

* * * * * *

lointain sans nom

d'une trajectoire

entre souvenirs et remords


l'idée d'une boue

- se laisser abuser

par sa douceur -


à travers le poème

la fuite d'une route

* * * * * *

indivivant silence et paysage perdu dans ses mots et le regard ni-même il écrit au feutre une jamais parole sur blanc relié fuir le promener mé-canisé rester assis adossé le ciel bien dé-gagé autour des oreilles pour cueillir un impossible loin dans un simple glissé d'encre noire

* * * * * *

trouver margelle en soi

et regarder au fonds


puis


se remettre de ses sens

écrire à n'en plus commencer

* * * * * *

un voile de bleu

à peine froissé

de libellules


toute enfance

a le ciel

pour terrain de jeu

* * * * * *

paysages

embruns

de mélancolie


piano de Satie


j'avance

à pas grisonnants

à méditer

la caresse de cet instant

* * * * * *

un rectangle de gros carton

une pince à linge


la puissance d’un moteur


dans les rayons

de nos vélos

* * * * * *

ce vieux plancher

aux angles criant

ciré d'abeille

et de pas


épouse l'armoire

aux yeux de chien

et l'horloge avançant

à son pas

* * * * * *

pas tout à fait terminé au toit manquant la tuile faîtière fontanelle offerte aux giboulées une maison pourtant bien plantée prenant semelle au plus dur de la terre mais cet intenable goutte-à-goutte sur mes jours

* * * * * *

le buffet de ma grand-mère


fermée d'un tour de clé la porte vitrée était haute rarement ouverte elle frottait un peu

les étagères habillées de dentelles et d'un beau papier de fête dans l'odeur de cire d'abeille


le mariage des filles nos communions

-seule touche de couleur-

tous les frères et sœur sur des chaises en paille dans un été de moisson


un neveu mort à vingt ans une vierge de Lourdes un laurier des rameaux une montre arrêtée une quelconque médaille


c'était ici toute exposition de soi

* * * * * *

l’autre plancher

gris


le chien Dick feu breton


Radioscopie dans le poste

déjà les mots

* * * * * *

lire dans le lit les jambes à l'envers moi seul pourtant avec moi ensemble pour lire et chercher la raison des choses la raison des formes besoin d'une machine à évidence pour éclaircir le cerveau des pages tous ces détours pour ne pas trop vite tous ces tiroirs à mille secrets les mots à l'envers pour mieux dire l'endroit

* * * * * *

hanté désormais

honte d'avoir eu honte


secret saccage

la peau comme griffée

d'une ombre


comprendre trop tard

que laideur est ailleurs

* * * * * *

il y a des mots

et des manques


des regards

à l'autre bout


les journées se passent

plus dimanches

les unes que les autres


les journées s'entassent

et les regards aussi


il y a des mots

et des manques


et chacun le soir

regagne sa peur de mourir

* * * * * *

qu'est-ce qu'on déterre

en criant une douleur

même silencieusement?


derrière le souvenir

un éclat s'érige en signe


éveil invisible

d'un axe de faille

* * * * * *

on a déposé un nouveau jour

au seuil de ma maison


personne n'a sonné

pour me prévenir


je sais que cette pièce d'or

il me faudra la rendre un jour

* * * * * *

un jour

plus un jour

plus un autre

est-ce notre seul mal?


un pas

plus un pas

plus un autre

est-ce notre seule chance?

* * * * * *

la poésie-langue celle de l'intérieur langue sans la langue juste les neurones langue de l'en-soi une intralangue pour parler de l'intime parole non abouchée en circuit fermé non imprimé mots-neurones en images télescopées non histoires autoracontées avant le sommeil paradis des possibles poémonologue poésie-langue à escalader les rêves et converser avec les nuages sang transparent qui retient vivant des idées juste le contour une poésie à défroisser ses jours

* * * * * *

méandres mots poèmes en cailloux blancs j'écris les départs de silence – nous ne sommes pas notre chant – comme trajectoire des bat-tements de cœur j'écris derrière mes paupières des soleils éconduits des clai-rières refusées ma plume-barbelés m'en-ferme et rancit mon encre je secrets derrière les mots au fond du bleu un bleu fondu

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Quelques uns des poèmes de cet ouvrage ont été publiés dans les revues : La Page Blanche, Nouveaux Délits, Libelle, Microbe, Mot à Maux, Lieux d'Etre, Littérales, Temporel, Point Barre, Flammes Vives, Le Moulin de Poésie, An Amzer.


Que leurs animateurs en soient très sincèrement remerciés.

ISBN : 978-2-9537037-3-3


© Denis Heudré Tous droits réservés 2009

Reproduction interdite

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A propos de l'auteur :

Denis Heudré est né en 1963. Il publie ses poèmes surtout sur internet et dans diverses revues (La page Blanche, Nouveaux Délits, Microbe, etc.) Poèmes à porte fermée est son quatrième recueil de poésie.

Découvrez d'autres titres de l'auteur sur Smashwords.com :


didascalies - juillet 2008

d'un seuil ou d'ailleurs - septembre 2007

un jeu de sable - 2007


L'auteur ailleurs sur internet:


http://dheudre.over-blog.com

http://www.myspace.com/denisheudre

http://denis.heudre.sitew.com


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