poèmes à porte fermée
denis heudré

préface de Guénane
SMASHWORDS EDITION
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PUBLISHED BY:
Denis Heudré on Smashwords
poèmes à porte fermée
Copyright © 2009 by Denis Heudré
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La poésie comme poignée de porte. Ces portes intérieures qui grincent parfois sur les gonds de l’enfance.
Denis Heudré signe ici son quatrième recueil de poésie.
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préface
Infiniment têtu, un piano joue; sobre, il dérive dans le dérisoire, NOTRE dérisoire qui occupe toute la place. Ce gros nuage n'est pas un leurre, c'est le nuage de l'enfance bien plus fidèle que le bleu du ciel. Grandir c'est mentir. Le sourire aussi est un mensonge, ému, émouvant. Toutes les photos mentent. J'entends Satie et j'aime, la vie est simple comme un labyrinthe.
À porte fermée, nous cherchons l'issue, l'échappée. Les cris sont muselés. Juste entrouvrir, feuilleter, refeuilleter à l'envers pour relire à l'endroit. L'envers c'est l'endroit où chacun entame son chemin intime.
Libellules, embruns, les mots ne pèsent. L'enfant maladroit, fragile, regarde passer les souvenirs et les trains. Des mots sans voix vous appellent; sans voix, non sans écho pour ceux qui cherchent la clé des paillassons et des serrures à double tour.
Avec le temps, l'enfance frappe à la porte de plus en plus fort. Le passé colle; sec, il caillasse. Je ne connais pas Denis Heudré, sinon « virtuellement ». Il a froid à l'enfance. Je n'aime ni le sucre ni le gras ni le débraillé, dans la vie ni dans les mots; ses poèmes À Porte Fermée en sont dépourvus. J'y suis entrée sur la pointe d'un troisième œil, me souvenant de moi, écoutant avec une troisième oreille. Visiteuse discrète, pas effarouchée, le plancher a craqué juste ce qu'il faut sous les mystères.
Guénane- juillet 2009.
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à Valérie, Quentin, Apolline et Héloïse
pour tout ce bleu...
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« L’homme est peuplé de nuages qui le connaissent depuis l’enfance »
Jean Orizet
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enfermé du dedans du moi de ma tête à l'intérieur de l'huis du moi assis sur un seuil donnant sur mon passé ouvert à double tour trop lâche pour l'envie celle de partir en mots réfrénée par la recherche d'un len- demain qui convient aux convenances des conventions l'horizon ne peut se déplacer me disait-on alors utiliser tout ce gris comme encre et profiter de ce seuil pour démonter ce passé rouages de l'enfance aux parquets cirés et voisin du dessous écrire et se surprendre d'horizons
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il faut sourire pour la photo
une espèce d'innocence sans relief
pour faire croire en l'harmonie
sourire c'est mentir un peu
mon regard sans relief
sans doute plein de doutes
se construisait son labyrinthe
les enfants ne sont pas
égaux dans le regard
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pays d'arrière paupières
irrité des bris d'enfance
la couleur a tourné
au bois des barrières
au froid fil de fer
rien de bien grave
juste un pas empêché
une fragilité au regard
un froid dans la main
l'impossible tendresse des revanches
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la marche devant le seuil
la pierre est chaude
et moi assis
j'attends l'heure de l'enfance
trop timide
en débraillé de ciel
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combien d'enfants
nés de la sagesse
enfants uniques
pour ne pas trop dépenser
pas trop de jouets
ni de vêtements ni même d'amour
enfants sages
pour ne pas trop déranger
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de mes fois il était un château crénelé de plastique un jeu des sept familles et quelques Majorettes (pas encore attiré par les gambettes) rouvrir vieilli cette porte toutes mes planquet-tes et tout le ten-drement n'en prendre que le vivant pour écrire ces mots pas encore page mon nom en une de ce paravent d'amertume
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dans l'axe du seuil
crier à la vie
et chercher un espoir
à habiter
mais les paillassons
gardent leur clé
et les serrures
leurs doubles tours
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lourd le velours
des replis d'enfance
à l'ombre
les repas d'ombre
sans merci
sans voix
vivre de vide
en jours
ordinaires
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du lendemain
la fracture
la peur de la chute
le réflexe de repli
l’instinct d’amertume
hypertrophié
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équipe inverse
drôle de nom
pour un couple
mort d’elle
et de lui aussi
pendant une semaine
seul
jouer les blancs
jouer les noirs
seul
échec et mat
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la plainte au jour
l'ombre
sous chaque pas
tant d'amour jamais
quand chaque baiser
aiguise l'absence
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savoie ou petit-beurre
et le pain sec aussi
le passé reste collé
à la bouche
manque de crème anglaise
et de tarte aux pommes
occasions de tendresse
prises dans les poussières
une enfance
de gâteaux secs
mais de gâteaux
tout de même
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ouvrir les mots à clef dire dans dire plus de mots sans attaches en mouvement des mots du dedans balançoires du dedans qui pro-pulsent les mots avant d'imaginer et puis homme aussi pourquoi pas colère poésie-bélier qui fait sauter les gonds extraction de passé à l'arrache-traces là encore le dedans le mal par le mal écrire à corps manière
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ouvrir son cœur
à la crémone
- futur étroit -
accumulation
de jours trop simples
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dans l'arrière cour
de mes pensées secrètes
des instants perdus à dévorer le ciel
par le trou des cheminées
l'azur emprisonné de suie
m'angoisse à tout jamais
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leurs rires
me caillassent
je reste statue
stupeur
ma peau
n'a rien de sécurit
comme un vase
sur l'arête du réel
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et le froid
d’un dieu punissant
confesse
double gros mot
j’ai encore menti
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ces froids de l'enfance
cachés dans la doublure
d'un regard fuyant
lâcheté ordinaire
l'estomac en nœud de sable
écrire et traverser cela
changer l'enfance
en fruit confit
écrire dans ses veines
un sang nouveau
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alors oui
ce chant passé
poème
à porte fermée
d’amertume
sans relief sans désir
de feuilles mortes
à trébucher d'ombre
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lointain sans nom
d'une trajectoire
entre souvenirs et remords
l'idée d'une boue
- se laisser abuser
par sa douceur -
à travers le poème
la fuite d'une route
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indivivant silence et paysage perdu dans ses mots et le regard ni-même il écrit au feutre une jamais parole sur blanc relié fuir le promener mé-canisé rester assis adossé le ciel bien dé-gagé autour des oreilles pour cueillir un impossible loin dans un simple glissé d'encre noire
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trouver margelle en soi
et regarder au fonds
puis
se remettre de ses sens
écrire à n'en plus commencer
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un voile de bleu
à peine froissé
de libellules
toute enfance
a le ciel
pour terrain de jeu
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paysages
embruns
de mélancolie
piano de Satie
j'avance
à pas grisonnants
à méditer
la caresse de cet instant
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un rectangle de gros carton
une pince à linge
la puissance d’un moteur
dans les rayons
de nos vélos
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ce vieux plancher
aux angles criant
ciré d'abeille
et de pas
épouse l'armoire
aux yeux de chien
et l'horloge avançant
à son pas
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pas tout à fait terminé au toit manquant la tuile faîtière fontanelle offerte aux giboulées une maison pourtant bien plantée prenant semelle au plus dur de la terre mais cet intenable goutte-à-goutte sur mes jours
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le buffet de ma grand-mère
fermée d'un tour de clé la porte vitrée était haute rarement ouverte elle frottait un peu
les étagères habillées de dentelles et d'un beau papier de fête dans l'odeur de cire d'abeille
le mariage des filles nos communions
-seule touche de couleur-
tous les frères et sœur sur des chaises en paille dans un été de moisson
un neveu mort à vingt ans une vierge de Lourdes un laurier des rameaux une montre arrêtée une quelconque médaille
c'était ici toute exposition de soi
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l’autre plancher
gris
le chien Dick feu breton
Radioscopie dans le poste
déjà les mots
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lire dans le lit les jambes à l'envers moi seul pourtant avec moi ensemble pour lire et chercher la raison des choses la raison des formes besoin d'une machine à évidence pour éclaircir le cerveau des pages tous ces détours pour ne pas trop vite tous ces tiroirs à mille secrets les mots à l'envers pour mieux dire l'endroit
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hanté désormais
honte d'avoir eu honte
secret saccage
la peau comme griffée
d'une ombre
comprendre trop tard
que laideur est ailleurs
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il y a des mots
et des manques
des regards
à l'autre bout
les journées se passent
plus dimanches
les unes que les autres
les journées s'entassent
et les regards aussi
il y a des mots
et des manques
et chacun le soir
regagne sa peur de mourir
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qu'est-ce qu'on déterre
en criant une douleur
même silencieusement?
derrière le souvenir
un éclat s'érige en signe
éveil invisible
d'un axe de faille
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on a déposé un nouveau jour
au seuil de ma maison
personne n'a sonné
pour me prévenir
je sais que cette pièce d'or
il me faudra la rendre un jour
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un jour
plus un jour
plus un autre
est-ce notre seul mal?
un pas
plus un pas
plus un autre
est-ce notre seule chance?
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la poésie-langue celle de l'intérieur langue sans la langue juste les neurones langue de l'en-soi une intralangue pour parler de l'intime parole non abouchée en circuit fermé non imprimé mots-neurones en images télescopées non histoires autoracontées avant le sommeil paradis des possibles poémonologue poésie-langue à escalader les rêves et converser avec les nuages sang transparent qui retient vivant des idées juste le contour une poésie à défroisser ses jours
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méandres mots poèmes en cailloux blancs j'écris les départs de silence – nous ne sommes pas notre chant – comme trajectoire des bat-tements de cœur j'écris derrière mes paupières des soleils éconduits des clai-rières refusées ma plume-barbelés m'en-ferme et rancit mon encre je secrets derrière les mots au fond du bleu un bleu fondu
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Quelques uns des poèmes de cet ouvrage ont été publiés dans les revues : La Page Blanche, Nouveaux Délits, Libelle, Microbe, Mot à Maux, Lieux d'Etre, Littérales, Temporel, Point Barre, Flammes Vives, Le Moulin de Poésie, An Amzer.
Que leurs animateurs en soient très sincèrement remerciés.
ISBN : 978-2-9537037-3-3
© Denis Heudré Tous droits réservés 2009
Reproduction interdite
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A propos de l'auteur :
Denis Heudré est né en 1963. Il publie ses poèmes surtout sur internet et dans diverses revues (La page Blanche, Nouveaux Délits, Microbe, etc.) Poèmes à porte fermée est son quatrième recueil de poésie.
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